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On en a parlé en bien, ici :

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On trouve mes livres de préférence chez son libraire, mais aussi :

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Divers et variés

Vendredi 16 mars 5 16 /03 /Mars 07:03
- Publié dans : Divers et variés

 

Police-histoires, c’est fini, un petit bilan et on ferme.

     

16 mai 2008 : je ne meurs pas des suites d’une longue et cruelle maladie, et taquin que je suis me remets d’un cancer. J'ai écrit depuis de nombreuses années de courts textes tournant autour de mon métier, alors juste pour voir, ce jour-là j'ouvre ce blog. Et j’écris dès lors, beaucoup, pour l’alimenter.

 

En 2009, de ce matériau brut j’extrais et polis un manuscrit qui, chance, devient livre. Puis en 2011, confirmation : un deuxième.  Il leur aura manqué le succès des ventes, bien sûr, mais je suis malgré tout fier d'avoir à ce jour écrit deux ouvrages - le troisième est en cours d'élaboration, merci.

 

Mes lecteurs m'ont permis de confirmer l’informulé, de me révéler ma passion, écrire. Le blog a donc été au bout de sa fonction maïeutique (j'adore les mots rares et précis) mais je ressens, après quatre années, une lassitude certaine à son endroit (j'adore aussi les tournures désuètes).

 

Aujourd’hui, à force de ne pas m’intéresser à sa petite santé, le site reçoit un maximum de 60 visiteurs-jour. Autrement dit il est mourant, il convient d’en abréger l'agonie. Un blog meurt, mais pas son auteur - en tout cas, tant que mon organisme ne me joue pas 

 

MÉTASTASES 2 - LE RETOUR

Cette fois, elles finissent le boulot

 

 

Amour des mots rares, des tournures sépia, de la belle langue et du ricanement morbide : Pierre Desproges et moi, c’est une longue histoire que même son décès n’a pu interrompre. Mon mimétisme admiratif est allé jusqu'à choper un cancer, poil aux cimetières - mais à n’en mourir point, faut pas déconner non plus. En ce jour où je vais enfin étouffer ce blog décharné qui s'étiolait depuis des semaines dans les langueurs morbides de l'euthanasie désirée, j'ai une pensée fugace autant qu'émue pour l'auteur de « Vivons heureux en attendant la mort » ; mieux qu’un titre, un programme. Poil à l’électrocardiogramme.

 

L’aube blafarde a paru à l’huis fatal, l’heure rose et noire sonne aigrelette et fumeuse au seuil de la clausule ; le blog exsangue et vain, en son linceul de mots a fermé ses orbites - non, poil à rien.

 

Aparté utile, nous sommes aussi faits de nos morts : j’aime Desproges mais aussi San-Antonio. Alors lecteur, tu comprendras qu’il faut pas venir me chafouiner le cérémonial avec l’imparfait de l’indicatif du verbe clore qui selon toi, onze lignes plus bas, n’existerait pas plus que l’infinitif chafouiner deux lignes plus haut. Concluons.

 

16 mars 2012. Police-histoires, diaphane et moribond essaie bien, tentant qui sait un dernier salut à ses lecteurs magnanimes, de lever un bras sombrement bleui de gangrène et piqueté de vers - n’ouvrirait-il point les lèvres pour un mot de la fin ? Non. Son temps est venu. J’empoigne l’oreiller blanc au-dessus de sa trogne ; un souffle morveux clapote et siffle en ses sinus encombrés. Bras tendus mon buste s’enfonce sur ses pommettes glauques, ses yeux vitreux et ses narines molles ; oyez ce gargouillis étouffé en fond sonore de la présente lecture, trois phrases encore à vos yeux proposées puis tout s’achève en un mot, une anagramme de crime.

 

Mon premier livre se finissait sur deux mots, à un délinquant : Ta gueule !

 

Mon deuxième se closait sur trois mots, à mes potes : Je vous aime.

 

Mon blog, je le suicide sur un seul, à mes lecteurs.

 

Merci.

 

 

 

Par Serge REYNAUD - 17 blâmes et féloches - Je commente
Mardi 7 février 2 07 /02 /Fév 04:52
- Publié dans : Divers et variés

Au travail, dans la Police Nationale donc, j'ai souvent moqué ces petites lâchetés, ces compromissions qu'on veut croire minuscules, ces petitesses que d'aucuns estiment - souvent à raison - nécessaires à la progression de leur carrière.

 

Cyrano de Bergerac, mon héros tout d'un bloc, abomine ces négociations intimes avec l'honneur, ces petits renoncements pas si graves et qu'on aimerait oublier… Mais écoutons plutôt son ennemi, de Guiche, devant la belle Roxane en deuil, écoutons-le évoquer amèrement sa condition de puissant qui a su composer, s'octroyer de ces faiblesses qu'on veut croire vénielles pour enfin, enfin arriver au sommet :

 

 

Voyez-vous, lorsqu'on a trop réussi sa vie,
On sent - n'ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal !
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;

 


Cependant, si la police a son lot de pathétiques complots de couloir, de perfidies et autres piètres bassesses, elle n'en a pas le monopole.

 

Depuis quelque temps, non content d'être flic, je joue à l'auteur. Je suis donc invité à des salons, des rencontres, colloques et autres festivals. Je m'en vais vous livrer un de ces instantanés qu'on attrape au vol en ces nids de culture.

 

De nombreuses tables sont disposées comme au hasard dans la grande salle du restaurant, le public de "professionnels" doit s'y placer à sa convenance pour le dîner qui vient. Nous sommes une bonne trentaine d'auteurs (scénaristes, dessinateurs, écrivains, etc.), une quinzaine d'acteurs ciné et télé dont certains fort connus, une dizaine de chanteurs et musiciens, quelques élus locaux et l'équipe au complet du grand festival qui nous offre ce raout. Le patron du département fiction d'une grande chaîne télé du service public est là, parmi les invités. Il a environ quarante ans, et finance des projets sur lesquels il parie à coups de millions d'euros : une indéniable pointure dans sa partie.

 

La bande informelle avec qui j'ai entamé la soirée s'assoit à la première table venue en continuant la discussion enjouée commencée à l'apéritif. Mais un vieux de la vieille, auteur de BD reconnu, me fait un signe : regarde par là.

 

Je regarde. La parade avait commencé, je n'en avais rien vu.

 

Tous ces ââârtistes si épris de liberté chérie, de création émancipatrice, de textes et de rôles meeeeerveilleux, tous ces bien-votants confits dans leur mépris convenu des beaufs tournent innocemment, avec sur la face cet air soigneusement blasé des habitués de la chose, autour du fameux directeur de la fiction. Ce dernier finit par s'asseoir à une table proche.

 

Une jeune actrice est là [je tairai son nom, ne cherchez pas], cheveux blonds au carré, robe charleston blanche d'un rien trop courte, gorge ivoire et lèvres rosées qui se jette sur le siège à côté du producteur, devançant de justesse un quinquagénaire à catogan fort marri de la manœuvre osée de la donzelle. Le siège est occupé, son siège commence.

 

Tout en elle est excitant, jusqu'à son rire quand, le projetant aux lustres, elle sort d'un déhanchement ses jambes de sous la table pour des fouettés de mollets le soulignant encore, découvrant innocemment des cuisses qu'on voudrait lécher dans l'instant, une fraction de culotte blanche à déchirer sur des moiteurs supputées. Ses seins ronds gigotent ferme sous le décolleté prometteur, elle est à elle seule un festival dans le festival.  La prestation comme la pouliche : magnifiques. Dans d'autres lieux, d'autres circonstances, on appelle ça une gagneuse au turbin racolant le micheton, mais ça a l'indéniable mérite du travail bien fait. Splendide.

 

Deux heures. Pendant deux heures, le ballet autour du producteur a perduré. L'actrice a ri à toutes ses saillies, ses commensaux lui ont parlé trop fort en buvant force bouteilles, l'objet de toutes les attentions a savouré leurs courbettes et salamalecs jusqu'à sa sortie de scène, sans la blonde à son bras - sans doute n'avait-il plus si faim.

 

La saynète pourrait certes être qualifiée de répugnante. Elle n'est toutefois qu'humaine, banale. Le grand jeu de la séduction ordinaire pour se hausser dans la hiérarchie, quelle qu'elle soit. Cette fille, ces gens étaient au travail, ils ont joué leur jeu ; peut-être même tout en jouant s'écœuraient-ils un peu, pour l'oublier bien vite.

 

Et devant Roxane pleurant le beau Christian depuis quatorze années, de Guiche poursuit :

 

 

Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés,
Un bruit d'illusions sèches et de regrets,
Comme, quand vous montez lentement vers ces portes,
Votre robe de deuil traîne des feuilles mortes.

 

Et vous savez quoi ? Au prochain salon, qui sait, moi aussi j'aurai un livre, un scénario, une chanson à placer, bref, un truc à vendre à celui qui a le pognon.

 Comme tout le monde, je m'assiérai à la bonne table.

 

 

 

J'aurai dans mes tympans cependant, l'illusion

D'un vent chuintant et sombre éloignant la cohorte

Des remords, des principes et des hésitations ;

Je les entends déjà, les fichues feuilles mortes.

 

 

 

 

 

 

 

Par Serge REYNAUD - 2 blâmes et féloches - Je commente
Samedi 7 janvier 6 07 /01 /Jan 04:11
- Publié dans : Divers et variés

 

À Thierry, culturiste dopé à l'eau claire, à l'épouvantable accent des Vosges ou du Haut-Doubs  je ne sais plus mais pour sûr épouvantable, qui m'a patiemment appris à ne plus avoir peur au volant d'un car.

À François, boxeur d'extrême droite assez intelligent pour de temps à autre s'arrêter de foncer et m'écouter dérouler mon cours de procédure pénale, pour en retour m'apprendre à progresser en zone dangereuse.

À Yannick, toi qui m'a enseigné ces foutus radars routiers, au maniement pourtant pas si compliqué mais que je ne comprenais décidément pas, avant que tu te poses et m'expliques, tranquille.

Au commandant V. dont j'ai oublié le prénom, va savoir comment fonctionne cette mémoire, qui en  riant de mes foucades et me prouvant que je pouvais avoir tort, m'a montré ce qu'est un chef, un vrai.

"Toi, t'es vraiment trop con." Facile à dire, ça. D'ailleurs, vous me l'avez dit. Et vous, tous, chacun à votre façon, vous avez poursuivi la phrase avec des actes : vous m'avez appris. À me sentir l'âme négociatrice devant un type ivre mort alors que je ne voulais que l'atomiser. À ne pas trébucher sur un problème de droit insurmontable quand tu cours derrière un vrai méchant (j'ai le droit de tirer, là ? de cogner ? Non ? Oui ? Putain j'ai plus de souffle ! Alors ? Oui ? Non ?). Tous autant que vous êtes, les vivants comme les autres, qui me lirez ou non, apprenez, oui, apprenez que parfois je pense à vous.

Vous ne serez jamais des vieux cons. Jamais.

Vous étiez, vous êtes des anciens.

Pas parce que vous aviez plus de temps de service que moi, surtout pas. C'est à la portée de n'importe qui : il suffit de naître avant, quel exploit. Non, vous aviez vos défauts mais aussi cette forme de pédagogie sincère qui me serre aujourd'hui la gorge, trop tard.

Je n'irai pas sur vos tombes, comme je n'ai pas assisté à votre pot de départ.  Je méprise la nostalgie, je ne pleure pas, on est des mecs. Même toi, V., gardienne de la paix qui m'a appris à me calmer, parfaitement, on est des mecs.

Je suis entré dans les forces de l’ordre il y a trente ans. Si vous saviez le nombre de gens que j’ai méprisés, que je méprise toujours, dans ce boulot. Supérieurs insensibles ou incompétents, collègues dont le seul titre de gloire est de partir en vacances à l'heure ou d'être entré à l'école de police avant son voisin, petits escrocs du service public, fonctionnaires petits dans leur tête, besogneux du syndicalisme carriériste, aigris par vocation et j'en passe, ces gens existent, oui.

Mais vous, vous tous et chacun avez sauvé, sauvez encore l'image de ma police.

Mort aux vieux cons. Longue vie, les anciens.

 

Par Serge REYNAUD - 0 blâmes et féloches
Jeudi 8 décembre 4 08 /12 /Déc 01:24
- Publié dans : Divers et variés

- Et ta hiérarchie, elle en pense quoi, de tes livres ?

- Euh, comment ça, elle en pense quoi ?

- Ben oui, tes supérieurs, ils t'ont fait des problèmes ? Tu as le droit d'écrire ce que tu veux ?

- Ouh la la ! Beaucoup de questions en une seule, là ! On va répondre dans l'ordre. Écrire ce que je veux ? Non. Comme tout citoyen, je m'astreins à respecter l'essentiel des lois, donc pas de diffamation dans mes écrits, et pas de révélation concernant les affaires judiciaires en cours non plus, c'est le secret professionnel. Je suis astreint aussi au devoir de réserve, c'est-à-dire que je dois garder en tout temps, en tout lieu une certaine modération dans l'expression de mes opinions, et … Ben pourquoi tu rigoles ?

- Je les ai lus, tes livres, alors  ton petit discours, j'y crois jusqu'au devoir de réserve ! Non mais t'as vu ce que t'écris ?

- Beuh ?

- Mais oui, enfin ! Tes flics, souvent, dans tes histoires, ils parlent gras !

- Et alors ? Toi, tu ne sors jamais de grossièretés au boulot ?

- Si, ça m'arrive, quand on est entre potes et qu'on a raté un truc important, je fais pas ma chochotte, je dis merde, pas flûte.

- Ben voilà, les flics non plus. C'est pas ça, le devoir de réserve. C'est plutôt ne pas afficher ses idées politiques, ne pas agir de manière incompatible avec l'honneur du corps auquel j'appartiens, ce genre de choses.

- Mais bon, on comprend bien, à te lire, que tu n'es pas super emballé par la politique du chiffre, par exemple ! Tu sors de ton devoir de réserve, là ! Et puis on voit bien que tu détestes les religieux, et puis…

- Oh ! On se calme ! On comprend ce qu'on veut, je n'empêche personne d'interpréter ! J'écris, je fais pas dans la plaquette institutionnelle. Si je veux respecter totalement le devoir de réserve, je fais de la science-fiction, par exemple, ou bien du consensuel, du pépère, des paragraphes mous des genoux.  Je peux, je sais faire.

Mais je tente de trouver ma voie, d'écrire. Donc dès que je suis content d'une histoire, au sens où la technique rédactionnelle m'a permis de résumer les faits au mieux, je l'efface. Je n'écris pas des PV, je ne rédige pas d'article pour une brochure administrative. Je veux des lecteurs qui me font l'honneur d'acheter mes livres, alors j'écris. Et quand j'écris, si je respecte la loi, j'emmerde clairement le devoir de réserve.  Donc oui, souvent, dans un premier temps, mon histoire, elle est  lisse, bien torchée, factuelle, dans les clous. Et donc, à mon sens, à chier.

Je la reprends, je la tords, je dis JE quand je devrais dire IL, ou l'inverse, je m'implique, j'essaie de me faire rire ou de me serrer la gorge ; oui, quand j'écris pour de bon, parfois, je pleure comme  un oignon orphelin qui se serait cogné l'orteil dans un pied de table, ou je me bidonne comme un phoque sous amphétamines ayant compris Desproges. Dans ces moments-là, la plume est libre, elle court où elle veut, je chie sur la feuille des horreurs racistes ou noie l'histoire sous des litres de mélo sucré, je rate mon effet, je recommence car ce n'est pas ce que je voulais dire, je veux me mettre à la place du collègue à qui l'histoire est réellement arrivée, je veux que le lecteur comprenne, vive dans son ventre l'affreux  dilemme ou la contention du fou-rire à s'en péter les sinus, je m'énerve contre la syntaxe de cette putain de langue française que j'aime, et je recommence, encore, et encore,  jusqu'à ce que ça marche sans trop boiter. Et puis un jour, l'histoire est écrite.

A l'ultime relecture, je retire tout détail qui pourrait faire reconnaitre le collègue qui m'a fait le cadeau de son histoire de flic. Puis je fais attention à la Loi, celle que je sers depuis trente ans. Donc pas de noms réels, pas de diffamation, pas d'outrages ; ça, c'est simple : je n'écris pas de pamphlet.

Par contre, le devoir de réserve… Outre que c'est une simple construction jurisprudentielle, donc sujette à moult interprétations dont mon avocat ferait son beurre si jamais on me poursuivait pour l'avoir écorné, je dis et je maintiens que l'on ne saurait écrire sans le piétiner quelque peu, ce fameux "devoir".

- Ah ben oui ! C'est rien de le dire, par exemple dans ton histoire des fous de dieu qui veulent…

- Stop ! Oui, je sais. Dans celle-ci comme dans plein d'autres, mon opinion semble transparaître. Mais mon boulot, ma méthode si j'osais, c'est restituer au mieux les sentiments de ceux qui ont vécu ces aventures. Pas forcément moi. Et je revendique la liberté de mon écriture, avec les seules limites du respect du droit. C'est tout.

Mes textes peuvent heurter, choquer ? Tant mieux, j'ai atteint mon but premier qui est de faire réagir mon lecteur. De surcroît, je ne pense pas m'être jamais abaissé à la facilité : je suis bien trop orgueilleux pour ça. J'écris.

 

Par Serge REYNAUD - 2 blâmes et féloches - Je commente
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