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1 - Variation flicarde sur le mensonge.

2 - Fier d'être flic ? Merci, patron. 

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 - T-shirts sympas. Pour flics. Mais pas que.

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" Jugez, Messieurs, de l'étonnement, de la douleur de l'honorable témoin que voilà quand, rentrant de l'atelier, il trouve sa femme au lit, la tête fendue et la porte défoncée. "
La Liberté, 18 octobre 1908.

Tiré de l'indispensable Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, réédition 1991, G. Bechtel et J-C. Carrière (Bouquins)

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Hiérarchie

Mercredi 28 octobre 2009 3 28 10 2009 07:31
- Publié dans : Hiérarchie

 








En sortant de la réunion de plus de trois heures avec les autorités du Ministère de l'Intérieur local, les flics de l'European Union Police Mission, dont nous, les trois Français, avaient vraiment besoin de décompresser.

Une salle minuscule, des correspondants qui fumaient tous comme des aciéries indiennes, un ordre du jour très technique, plus l'obligation de s'exprimer en anglais puis l'attente de la traduction en serbe, nous avaient mis la tête comme un tambour. Il était temps d'aller déjeuner, de parler d'autre chose avant de mettre tout ça par écrit tranquillement.

Nos collègues anglais et allemands nous invitèrent dans un petit restaurant situé tout près qui, pour un prix dérisoire, nous concocterait un repas local sans prétention. Nous acceptâmes avec plaisir : en poste depuis moins d'une semaine, nous n'avions encore aucune adresse de ce genre au catalogue.

Nous leur précisâmes donc qu'ils n'avaient qu'à nous attendre, le temps de nous changer et nous serions là d'ici un gros quart d'heure. La tête des Anglo-saxons fit plaisir à voir : la définition vivante du terme "ahuri ".

Visiblement, nous avions dû prononcer un mot pour un autre, car ils semblaient plus que dubitatifs. Nous laissâmes donc notre collègue gendarme – de loin notre meilleur anglophone - réitérer notre programme pour les minutes à venir. Nous changer puis les rejoindre au restaurant.

La réponse que nous fit le constable anglais fit changer l'hébétude de camp.

- Vous ne venez pas comme vous êtes ? Vous avez honte de votre uniforme ?

Des décennies cumulées de routine française explosèrent en silence sur un trottoir de Sarajevo.

Les citoyens anglais, entre autres, comprennent parfaitement qu'un policier mange, boive un verre d'eau dans un restaurant, aille aux toilettes. Le règlement français quant à lui est très strict, aucun flic ou gendarme ne doit être identifiable comme tel dans un restau sur le territoire*. Pourquoi ? Parce que.

Il nous a fallu plus d'un mois, plus d'un repas à nous demander inconsciemment à quel moment on se ferait choper, avant d'adopter les mœurs internationales.

- On va à quel restau ? / Je sais pas, aujourd'hui je mangerais bien chez les Musulmans, pas toi ?

- Je t'offre un jus en terrasse ? / Pas de problème, j'arrive.

- Messieurs, vous venez boire le thé à la menthe en face ? / Bien monsieur le directeur, on vous suit.

Et au bout d'un an, il a fallu rentrer.

- Boire un café ? Ici ? Tu veux te faire virer ?!

 

 

* à de très rares exceptions près.

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 8 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 15 juillet 2009 3 15 07 2009 07:25
- Publié dans : Hiérarchie

 

  Devant le stade, ça n'a pas raté. Les cars des supporters parisiens sont arrivés discrètement, pourtant, mais ça n'est jamais assez discret, ici. Des canettes sont parties vers les véhicules, des vitres ont explosé, un visage en sang est sorti, grimaçant, hurlant des insanités vers les locaux, leur promettant l'éviscération, l'émasculation, et pire : la défaite de leur équipe.

  C'est parti en biberine immédiatement, deux groupes de hooligans locaux qui se jettent sur les bus, les chauffeurs obligés de freiner, et nous à côté qui cherchons l'officier du regard. Ce dernier part trique1 levée vers les agresseurs, c'est le signal, top intervention, on y va.

  Alors, selon les entraînements léchés suivis depuis l'année dernière, c'est normalement les boucliers devant jusqu'à l'arrivée sur le groupe de trublions, poussée des boucliers sur le groupe,  débordement des collègues déguisés en Robocop pour dégager le terrain, puis la remise en place en barrage pour compter nos gars, ramasser les interpellés, faire cesser les infractions.

  Au réel, ça donne surtout le village gaulois qui suit le chef, et on va y péter leur gueule à ces cons je te raconte pas.

  Je suis mon groupe de trois, qui reste soudé, c'est déjà ça. Pas de course à l'échalote2, ils l'ont compris,  la formation a fait au moins intégrer les bases ! On rentre dans le groupe d'agresseurs, et là pas d'humour, pas de second degré, directement dans le bois dur. On a en face des vrais crétins, durs au mal, des voyous des stades qui ne s'en laissent pas conter. Notre section, vingt-cinq poilus, fait un bruit de fracture en leur rentrant dans le chou, et si ça ne dure pas longtemps, c'est du violent, de la mâchoire qui pète, du tonfa qui claque sur des cuisseaux bleuis, du bouclier qui heurte et repousse et défonce, bref, une vraie baston de loubards, dont vingt-cinq en bleu foncé.

  Dix secondes maxi, et l'officier sonne le rappel, trois coups de sifflet longs. On se pose, on se regroupe, et il m'en manque un. Je dois avoir avec moi un bouclier et deux intervenants. Il m'en manque un. Je les attrape par l'épaule un par un, les reconnais, il me manque Thierry.

  Ah non, tiens, il est là, sur le côté, à pas vingt mètres, juste à côté du cône lumineux d'un lampadaire, dans la pénombre propice, on dirait bien qu'il finit le travail… Un des crétins est au sol, gigotant, et mon Thierry, tonfa en main, le parsème de chocs précis, rugueux, pour faire mal, lui apprendre à l'autre débile à s'attaquer comme ça à des passagers de bus qui…

  Je suis derrière lui, l'empoigne par l'épaule : "Arrête ! Tout de suite !"

  Il se retourne, les yeux encore en bavure, le tonfa haut levé vers son supporter. Il halète, il n'est clairement plus avec nous, c'est son tour.

  Le stade a disparu, j'ai quatorze ans de moins,    

[...]

La suite dans mon deuxième livre, à paraître.

 

 

1  Quand un flic est trique en l'air, c'est qu'il a sorti sa gomme à effacer le sourire. Sa tavelle. Son bâton de police. Sa matraque.  

2 Course à l'échalote : poursuite de chacun le sien et Dieu pour tous, sans ordre ni méthode, à l'ancienne. On évite.

Par gabian - Recommander - Voir les 11 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 17 juin 2009 3 17 06 2009 07:55
- Publié dans : Hiérarchie

 

  Tout au bout des docks nous, terrestres flicards, assurons la mission valorisante de la semaine : anticiper tout débarquement par la mer d’agitateurs écologistes qui voudraient empêcher le transbordement de déchets nucléaires.

  Alors comme d’habitude on essaie de comprendre ce qu’on nous veut, puis on s’organise pour assurer le coup. Au final, ça donne un roulement de deux fonctionnaires qui vont se poster sur un rocher, sans glisser à la baille, pour quarante-cinq minutes à profiter du bon air marin en regardant le large, avec une paire de jumelles et l’air le moins con possible.

  Depuis notre arrivée ça tourne sans problème, mes jeunots assurent, mais je vois arriver les ennuis au loin : les nuages, grisés et bas, venant de l'Ouest à force de vent. En particulier sur cette pointe, la belle et verte Normandie est tout à fait capable d’offrir quatre saisons en une matinée, et si c’est joli à voir c’est parfois difficile à vivre.

  Je commande un détachement de jeunes fonctionnaires, sortant pour la plupart à peine de l'École de Police, pleins de jus mais encore peu matures, et deux spécimens sont en train de parcourir l’hectomètre les séparant du rocher.

-          Oh les gars, n’oubliez pas d’emporter votre imperméable là-bas…

-          Tu rigoles, t’as vu le temps ? On y va nature, même pas peur !

-          Je vous rappelle que vous avez vingt-quatre heures de Normandie, moi je connais la région depuis vingt ans... Une fois là-bas vous tiendrez trois quarts d’heure, et il est hors de question de revenir chercher votre imper !

-          Pas de souci, il fait beau, allez, à tout à l’heure !

  Évidemment cinq minutes plus tard le temps a viré, et le doux été s’est fait dégoulinant automne.  

[...]

La suite dans :

CHRONIQUES DE LA MAIN COURANTE, 
de Serge REYNAUD, Bourin Éditeur, 2009.

 

Par gabian - Recommander - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
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