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" Jugez, Messieurs, de l'étonnement, de la douleur de l'honorable témoin que voilà quand, rentrant de l'atelier, il trouve sa femme au lit, la tête fendue et la porte défoncée. "
La Liberté, 18 octobre 1908.

Tiré de l'indispensable Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, réédition 1991, G. Bechtel et J-C. Carrière (Bouquins)

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Allo Lili ? - - - - - (X)


Allo Lili ? J'ai réussi ! Je le lui ai fait, ça y est ! C'est génial Lili, ce qu'on avait comploté toutes les deux avec le grenier, les rats, les caisses, le poteau, les menottes, ça y est, il y a eu droit hier soir ! Attends, je te raconte.

Il est passé me voir hier vers huit heures, j'en ai profité pour lui demander de voir par la trappe du grenier s'il ne voyait pas des rats ou quelque chose comme ça, parce que j'entendais du bruit la nuit là haut ; exactement comme on avait prévu. Il a empilé deux caisses, a grimpé dessus  pour soulever la plaque, tu sais, celle près de l'escalier. Quand il a été perché là haut, il a fait exactement ce que tu avais dit : il a passé les mains dans le noir de chaque côté du petit poteau d'acier qui relie le plancher au toit à cet endroit.

Il ne savait pas que j'étais montée par l'autre côté, j'ai réussi du premier coup : les menottes, hop, enfilées autour des poignets, la chaîne passant derrière le petit poteau ! Il était prisonnier ! J'ai bien fait de m'entraîner avec toi. Tu l'aurais entendu ! "Mais qu'est ce qui te prend, t'es dingue, retire moi ça !"

Tu parles si j'étais dingue ! Je suis redescendue à toute vitesse pour vérifier qu'il ne s'était pas fait mal, on  ne sait jamais, si une des caisses avait dérapé je l'aurais retrouvé accroché par les menottes au plafond ! Bon, heureusement il était là, les genoux pliés pour sortir un peu la tête de la trappe, les bras toujours levés vers le ciel, il me regardait en silence, furieux, mais furieux ! Les yeux qu'il avait !

Et là je lui ai parlé, et ça a donné à peu près comme ça :

"Ca fait maintenant près de deux ans qu'on se voit régulièrement, qu'on sort ensemble, qu'on fait l'amour souvent, qu'on s'entend bien, mais bien que tu sois intelligent je n'arrive pas à te faire comprendre quelque chose."

Il me regardait toujours, mais de moins en moins furieux, et de plus en plus ahuri.

"Chaque fois que nous faisons l'amour, tu diriges tout. Tu m'as donné du plaisir souvent, vraiment, j'adore quand nous nous retrouvons au lit, je jouis avec toi comme je n'ai jamais joui avec personne d'autre avant toi. Mais à chaque fois que j'essaie de prendre une initiative, tu me repousses. Oh, pas méchamment, mais tu tiens à garder le contrôle des opérations, tout le temps. C'est énervant, à force.

Je sais qu'on en a déjà parlé, que tu m'avais promis de faire des efforts. Ca fait combien de temps ? Trois mois, non ? Et depuis, rien. On a fait de nouveau l'amour depuis, ma foi plutôt bien, mais chaque fois que j'ai voulu par exemple te caresser avec ma bouche, tu as recommencé : ne pas se laisser aller, toujours me repousser, au bout de même pas cinq minutes, soi-disant parce que tu ne peux pas y résister, et tu me prends, tu me caresses, tu me tournes, me masses, tu  me fais l'amour. Tu ME fais l'amour. Jamais le contraire, c'est jamais moi qui TE fais l'amour. Tu ne te décideras jamais à me laisser entièrement faire, à te laisser jouir par moi, entièrement grâce à moi, à ma façon de faire, ma façon d'être.

Alors voilà. Ce soir, je décide de tout. Si tu veux bouger, la caisse du dessus va s'écrouler et tu risques de te faire très mal aux poignets... Je fais ce que je veux de toi, et tu n'y peux rien. Tu vois, tu sens ma main sur ton sexe ? Dans quelques secondes maintenant, je vais ouvrir ta braguette..."

Ah Lili, j'aurais aimé que tu voies ça : il était tout penaud au début, il avait la trouille qu'on le voie de l'extérieur ou je sais pas quoi, sûrement complètement paniqué par ce qui lui arrivait, il ne me reconnaissait pas, d'ailleurs moi non plus je ne me reconnaissais pas ! J'étais libre de lui faire ce que je voulais ! J'ai baissé son pantalon sur ses chaussures, il avait le caleçon que je lui ai offert il y a deux mois... Il était tout flapi, tout ratatiné (pas lui, son zizi je veux dire !), il n'osait pas bouger, il avait ses cuisses toutes musclées qui tremblaient. Ca a pris beaucoup de temps, je sais pas combien, disons le temps de le rassurer peut-être, mais si tu savais comme j'ai adoré le rendre dur, mais dur ! C'était incroyable, il soufflait, il gémissait, je ne me suis pas laissé attendrir, aucune pitié, je l'ai caressé tout doucement avec mes mains, avec ma langue, partout ; je l'ai avalé en entier, ça ne m'était jamais arrivé, même avec un autre, jamais.

Je m'amusais avec son sexe, tu te rends compte ! Pour moi c'était géant, il ne pouvait rien faire pour se dérober comme il le fait à chaque fois : la caisse aurait pu s'écrouler. J'étais sa maîtresse, mais pour de vrai, sa maîtresse, sa patronne, ça me faisait comme si j'étais un mec et pourtant je peux te dire que je me suis rarement sentie aussi, aussi... Comment te dire, ... j'étais le patron et j'étais une vraie femme en même temps, c'était un vrai bonheur, ça me chauffait le ventre, les mains, la bouche, j'en avais des fourmis au bout des tétons, je te jure, j'adorais ça.

Chaque fois que je sentais qu'il allait jouir je m'arrêtais, je lui soufflais doucement sur la verge, je changeais, je léchais ses petites noix, il me suppliait, moi, il me suppliait de finir :  pas question ! J'étais excitée comme une puce, il était tout à moi, j'en gloussais, je voulais le garder le plus longtemps possible, c'était mon tour.

Je ne sais pas si c'est la situation ou quoi mais au bout de peut-être une demi-heure (une demi-heure ! Je ne l'avais jamais caressé plus de trois minutes, avant !) j'ai senti dans ma bouche qu'il n'en pouvait plus, il commençait à partir. Je lui ai dit tout haut : ”je te branle maintenant, jouis, jouis !” Je t'assure, je lui ai vraiment dit ça, je n'en revenais pas, je n'avais jamais dit une telle horreur avant, et ça m'est venu comme ça, sans réfléchir. Tu aurais dû le voir, ça a été fabuleux, j'ai cru que ça durerait toute la soirée ! Il a fait ça en grognant, ses jambes ne se tenaient plus, il tremblait comme un perdu, il m'a inondée, il a hurlé là haut dans son grenier, c'était magique, fabuleux, j'étais heureuse, mais heureuse, pour moi c'était presque mieux qu'un orgasme, je t'assure !

Je suis remontée tout de suite le délivrer, je lui ai retiré les menottes. J'avais un peu peur mais je te jure que je ne regrettais rien. Même si à ce moment là il m'avait engueulée ou je sais pas quoi encore, je t'assure que je ne regrettais rien du tout. Il ne m'a rien dit, il s'est assis en tailleur sur la caisse du haut. Je le voyais depuis le grenier, au travers de la trappe. Il a levé la tête, m'a regardée d'un air, d'un air, ... je saurais pas dire exactement, mais comme s'il me connaissait pas, tu vois, complètement ailleurs.

Je suis descendue par la trappe. Il m'a attrapée par la taille pour que je ne tombe pas, m'a déposée au sol, et là il ne m'a rien dit du tout, il m'a juste regardée avec ses yeux tout nouveaux. On s'est assis au sol, face à face. Il s'est allongé pour renfiler son pantalon, très nature, il s'est reboutonné. Je savais pas trop où me mettre, c'est vrai que j'y avais été un peu fort mais bon... Il s'est agenouillé, il a mis ses mains sur mes épaules, et puis il m'a embrassée exactement comme il sait que j'aime, longtemps, longtemps... Et puis il m'a parlé. Tu sais ce qu'il a dit ? Il est trop ! Il m'a murmuré à l'oreille :

" Je crois pas qu'il y ait des bestioles là-haut, mais si tu entends encore quelque chose, je t'interdis d'appeler un dératiseur ou qui que ce soit d'autre. Je sais que je ne suis pas très versé dans ce domaine, mais je tiens à tout vérifier moi-même, toutes les pièces, tous les placards, partout, aussi souvent que tu voudras, du moment que tu es là et que tu m'expliques tout bien lentement, pour que je comprenne tout, comme ce soir… "

Tu sais quoi Lili ? On a rendez-vous après-demain à dix heures. C'est génial : je crois bien que d'ici là je vais entendre comme des bruits bizarres à la cave, et ça tombe mal : l'électricité n'y fonctionne plus très bien. Il va falloir descendre vérifier, dans le noir évidemment…

 

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