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Sur la route

Vendredi 27 janvier 5 27 /01 /Jan 05:33
- Publié dans : Sur la route

    
Aux visiteurs de passage :


Ce qui suit est la 2ème partie d'un texte commencé  ICI.

OoO°OoO

 

    

Des exclamations et autres jappements d'extase émanant du paquet de collègues, j'apprends par déduction que ledit Skoblar est une célébrité du ballon rond qui blablabla attaques fulgurantes – passes de génie – courses balle au pied - tirs croisés brossés frappes d'enfer – tirs poteau penalty – 174 buts – attaquant légendaire - championnat de 1971 – et Allez l'Ohèmeu  et donc, voilà.

 

Pas chien, d'autant que monsieur Froklar (j'y arriverai jamais), qui fait quinze ans de moins que son âge, est en règle, je lui restitue son permis. Lui, toujours aussi souriant, prend le temps de signer encore deux carnets, remercie son fan club impromptu, enclenche sereinement la première de sa berline de luxe et se dirige vers le stade tout proche. Le paquet de machos à casquette doublés de groupies en pâmoison se tournent vers leur chef. Moi.

 

- Dis-nous, Serge, juste pour rire, une question : s'il avait pas eu son permis sur lui, tu lui aurais mis l'amende ?

 

- Ben évidemment, cette question !

 

La place surchauffée, puant le gas-oil, le platane sec  et le bitume collant vient de perdre huit degrés.

 

- Quoi ? Vous vous plaignez comme moi toute l'année des coupe-file, des passe-droits, des pistonnés qui vous passent devant sans vous regarder au passage, et vous ne lui auriez pas mis sa prune pour non-présentation de permis de conduire ? Juste parce que c'est un ancien footballeur ? Vous déconnez, les gars ! Célèbre ou anonyme, Zinedine Zidane, Monica Bellucci ou mon boulanger, tout le monde pareil ! C'est la loi, et si tous les agents de l'État étaient sur la même longueur d'ondes, la société tournerait un peu mieux !

 

Je sens qu'ils ne me contrediront pas, parce que j'ai raison. Qu'ils le savent. Qu'ils n'ont pas d'argument à m'opposer. Et que j'ai tort.

 

Parce qu'on n'y peut rien, c'est comme ça. Si jamais j'avais rédigé mon amende, tous mes gars se seraient proposés dans la seconde pour la lui faire sauter, nonobstant le mépris compact qu'ils m'auraient opposé deux bonnes semaines d'affilée. Désespérante, injuste, absurde, irrémédiable et pathétique nature humaine.

 

Mais je vous l'ai dit et donc je l'écris, je le confirme ici à tous les flics de mon équipe, je ne le répèterai pas : si jamais un jour on contrôle Daniel Pennac1 sans casque et  ivre-mort au guidon d'une Harley sans pot d'échappement, les gars, je vous le dirai pas deux fois, je plaisante plus, c'est trop grave : le premier d'entre vous qui tend la main pour lui prendre ses papiers, je lui mange un doigt.

 

 

 

 1-Daniel Pennac est l'auteur – mais qui l'ignore ? - entre autres de La fée Carabine, Monsieur Malaussène, Des chrétiens et des Maures, Au bonheur des ogres, Chagrins d'école, et tant d'autres, tant et tant… Tous à lire absolument, c'est un ordre.

 

 

 

Par Serge REYNAUD - 1 blâmes et féloches - Je commente
Vendredi 20 janvier 5 20 /01 /Jan 05:28
- Publié dans : Sur la route

 

Le mince septuagénaire en costume attend en silence la fin du contrôle à son volant. J'ai les papiers du gars dans la main, mes collègues autour assurent en silence la protection, je passe ce conducteur au fichier des permis de conduire et, à l'énoncé de son nom, plus rien n'existe plus.

 

Tous mes collègues ont quitté leur position initiale et se sont groupés sur mes épaules, au-dessus du permis, quatre neuneus en uniforme veulent voir "Sans déconner, Serge, j'ai bien compris le nom, là ?" le permis du monsieur très patient, très poli qui "Putain je le crois pas, c'est lui, pour de bon ?!" attend la fin du contrôle avec bonhomie maintenant, un fin sourire apparaissant à mesure des  "Mais Serge, bon sang, tu vois pas qui c'est ?" marques de respect voire d'admiration béate qui émanent du paquet de mes subordonnés décidément aussi martiaux qu'une armée  "Non mais Serge, arrête, tu connais pas Josip Skoblar ?"  de midinettes prépubères en jupette fluo à un concert de Beyonce.

 

Et non, je ne sais pas qui est ce monsieur dont je dois relire laborieusement l'identité avant que de réussir à la prononcer en entier. Jo-sip  Sko-blar. Mes potes, bons flics au demeurant, se sont transformés en adolescentes décérébrées à carnets d'autographes roses, en rang devant la portière conducteur du sieur Zoplar, ou Zipkar. Je le rêve. Ils lui font signer leur carnet d'amendes. Je le rêve.

 

- Mais Serge ! Skoblar, quoi ! On est  à Marseille, fais un effort !

 

Ah, ben non.  Vu l'enthousiasme général, ce doit être un ancien de l'OM, le club de balle au pied local dont l'existence, le palmarès tout autant que la composition m'indiffèrent copieusement, tout comme d'ailleurs n'importe quel club de badminton ou de trampoline : le sport, je pratique, je ne regarde pas. A l'instar de millions de mes contemporains, qui ignorent les chansons de stade et les classements indispensables des dopés en short et qui vivent par ailleurs, comme c'est étrange, une vie parfaitement normale. Et ça se confirme, on parle bien de balle au pied, alias football.

 

[Suite et fin le 27 janvier]

Par Serge REYNAUD - 3 blâmes et féloches - Je commente
Mercredi 14 décembre 3 14 /12 /Déc 03:56
- Publié dans : Sur la route

 

Saga farfelue, épique, que m'ont offert mes collègues en pâture : "T'as qu'à l'écrire dans tes livres, celle-là, même pas cap' !"

J'aurais pu, avec leur aventure, tricoter douze pages bien tassées, avec un jeu de mots bien pourri à la fin, offert par les gardiens de la paix qui l'ont vécue. Je n'en ferai rien.

Je veux dire, les douze pages. Ca devrait tenir en trois : c'est parti.*

Il conviendra de savoir que leur aventure s'est déroulée en Camargue, mais si ce n'est pas là, c'est de peu d'importance ; ç'aurait pu se dérouler n'importe où, mais la Camargue, pays des gardians et des manades, c'est mieux. Que de surcroît, ils ont failli passer à côté : seul le hasard complet a fait traverser ce lapin à cinquante mètres, devant leur véhicule et pas un autre. Et seule la curiosité naturelle du chauffeur les a fait s'arrêter un peu plus loin.

- Euh, il était pas un peu énorme, ce lapin ?

- Tu rigoles, c'était un chien, ou un lièvre, pas un lapin !

- Non, c'était pas un clébard. Il fait jour, je suis pas miro, et je sais ce que c'est qu'un lièvre : ce machin était plus gros qu'un lapin, mais c'était un lapin, je t'assure.

Le gradé n'avait pas envie de savoir, il voulait rentrer chez lui : l'équipe de France de rugby allait jouer sa tête à 21 heures. Mais puisqu'il n'y a qu'un volant dans une voiture, le chauffeur fait un peu ce qu'il veut. Donc, ils sont restés un instant sur le bas-côté. Pour voir passer un autre lapin, bien trop grand pour cette planète, suivi de deux autres. Huit à dix kilos chacun, à vue de nez. Énormes, pas bien vifs mais quand même, des monstres.

En mettant pied à terre, ils ont vu le panneau jouxtant la propriété proche qui annonçait : cuniculture. Rien que pour comprendre le pourquoi des lapins tchernobylesques et aussi le pourquoi et le comment des cuni, si ça mange des gnous ou si ça donne des kiwis orange, ils ont regardé par-dessus la palissade.

Trente lapins, énormes, étaient poursuivis par une jeune femme en cotte bleue, bien seule au milieu de son grand jardin. Les bêtes, affolées, ne sautaient pas bien haut mais couraient, certaines réussissant à passer la petite barrière et traverser la route.

Cuni : racine latine pour lapin. Cuniculture égale élevage de lapins, on apprend tous les jours.

- Besoin d'aide, madame ?

Si deux sur trois n'y étaient pas allés d'initiative, le gradé rugbyphile aurait favorisé le retour vers sa chère télé, et ils ne se seraient pas fabriqué leur plus beau souvenir de l'année : les cabrioles hilares au milieu des touffes de poils bondissantes, les plaquages cafouilleux de dizaines de Géants des Flandres excités (les plus grands lapins existants), la panique rigolarde au centre d'une tornade de specimens hors normes  effarés de leur liberté toute neuve, la cavalcade pelucheuse d'une bonne demi-heure pour les rattraper tous et les remettre dans leurs trois enclos, ouverts tous en même temps à cause d'une gâche électrique défectueuse.

Des lapins partout, de la terre et des poils plein les uniformes, le sourire radieux et  soulagé de l'éleveuse, sans compter la mention de main courante la plus baroque de l'histoire du commissariat :

 

O B J E T : DÉPASSEMENT D'HORAIRE

Une heure supplémentaire à valider pour la patrouille ALPHA 14.

 

MOTIF : Recherche cuniphile et restitution à sa légitime propriétaire cunicultrice de 31 spécimens cuniformes géants, et rodéo cunicole y afférent.

 

SIGNÉ : les gardiens de la paix gardians de lapins.

 

 

* Cette histoire couvre de fait les pages 33 à 35 de Bonne nouvelle, c'est la police !, Serge REYNAUD, 2011, François Bourin Editeur.



Par Serge REYNAUD - 4 blâmes et féloches - Je commente
Mercredi 14 juillet 3 14 /07 /Juil 07:01
- Publié dans : Sur la route

 

Mais pourquoi les flics n'ont-ils pas le droit de montrer aux contrevenants des photos des accidents les plus sanglants auxquels ils ont assisté ? Pour bien faire entrer dans leur crâne que la vitesse, ça tue. Ce serait efficace, non ? 

Elle tue salement, elle fait saigner, elle découpe à vif, elle assomme et fait gicler, tout ça se mélange avec la tôle et l'essence, ça pue, ça se finit dans des salles d'opération, des instituts de rééducation, à la morgue. La vitesse tue, je te le montre, CQFD. 

 

Oui, on les a, les photos. Mais on n'a pas le droit. Cela pourrait choquer, très gravement, et nous ne sommes pas là pour ça. Quand nous sommes en uniforme, nous avons certes un devoir de pédagogie, mais pas celui de heurter nos concitoyens. Et en uniforme j'adhère à cette doctrine, sans aucune ironie facile.

 

Sauf que là, mon pote, je suis hors service, sur mon blog, je fais ce que je veux. 

 

Si je veux, je te montre tout ça, les yeux qui sortent du crâne, les os en esquilles incrustés dans les tableaux de bord, les fauteuils roulants qui grincent dans les couloirs carrelés, je fais ce que je veux. Si je veux.  

 

 

 

 

 

Mais je vois qu'au fond, là, un ou deux n'ont pas compris, parce que c'est un peu facile d'utiliser des images d'enfants, on tente honteusement de les culpabiliser, et puis d'abord eux ils conduisent bien, ils font toujours super gaffe, c'est la faute des autres.

 

Tout le monde sait pourtant que la conduite est une activité banale, agréable souvent, qui nécessite une attention permanente et qui se pratique DOUCEMENT ? Non.

 

On ne sait plus quoi faire. On montre des enfants morts, des histoires d'amour fracassées, des fauteuils roulants, et ça continue. On installe des radars, on rétorque racket d'état. On donne 900 kg de ferraille à un quidam avec l'autorisation de rouler à 50 km/h, putain, 50 km/h, mais compare avec tes petits petons : 50 km/h, c'est déjà génial ! Et non, on oublie, on va plus vite, on fait ce qu'on veut, c'est la faute des autres. Toujours.

 

Je sais, car comme moi tu es humain, que tu as immédiatement pensé à la vision du film au-dessus : "pas moi". Même pas pensé, d'ailleurs, réagi. Parce que la campagne de prévention, le petit film fait peur : pas moi. Parce que je conduis super bien : pas moi. Parce que, parce que, parce que. C'est humain.

 

Et bien je vais te dire : je m'en fous. Conduis DOUCEMENT, ce sera toujours assez vite. Si tu aimes la vitesse, va sur un circuit.

 

Je te le dis ici : la vitesse, c'est génial. Parfaitement, c'est fa-bu-leux, autant que le sexe. Ceux qui n'ont jamais piloté un engin de course à plus de 250 km/h sur circuit ne peuvent pas comprendre, ceux qui n'ont jamais eu d'orgasme lent, bestial et mystique avec la femme aimée ne peuvent pas comprendre non plus.

 

La vitesse, c'est extraordinaire. Pas sur la route. Le sexe non plus, tant que j'y pense.

 

Allez, cadeau, slogan libre de droits :

 

 

 

La vitesse, c'est comme le sexe :

profites-en, mais pas sur la route !

 

 

 

 

 

 

Par Serge REYNAUD - 14 blâmes et féloches - Je commente
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