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ZOOMS

1 - NOIR SUR LA VILLE  :

J'ai gagné un concours de nouvelles, et serai édité dans un recueil réunissant jeunes auteurs et écrivains confirmés. Je serai donc à
Noir sur la Ville 2009, à Lamballe, Côtes d'Armor
, les 14 et 15 novembre, pour y signer ledit opus et mes "Chroniques".

 
Pour la 13° édition, les auteurs invités ont dû relever un défi : créer une couverture de polar à partir d'une photo imposée et le chiffre 13. Et un jeu de mots bien pourri, un !

2 - Un nouvel article, sur Le Post.fr


3
- Les ébénistes, c'est pas des branleurs.

Chroniques de mes Chroniques



 







 




 



 

              
    
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Compétence : Faculté nécessaire à l'accomplissement d'une quelconque ambition, aussi petite soit-elle, distinguant les hommes capables de ceux qui sont morts.

Ambrose Bierce, Dictionnaire du diable, 1911

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Sur la route

Mercredi 16 septembre 2009
- Publié dans : Sur la route



- Dis-moi, ton interpellé dans le couloir, là, je l'ai pas déjà vu ce mois-ci ?

- Oh si, c'est Kotastup, il vient tous les mois.

- Kotastup ? Il est turc ?

- Mon quota d'arrestations pour détention et vente de stups : quota stup'. Il vend du shit par petites quantités, toujours au même endroit. Il a sur lui à chaque fois une quinzaine de barrettes, pas plus.

On va l'alpaguer tous les vingt cinq - trente jours, ça se passe entre gens de bonne compagnie, à force on ne le menotte même plus. On rédige la procédure, on avise le Procureur et on le libère. Il est un peu simplet, mais pas méchant : il n'a que ça pour vivre, il fait pas du gros trafic, la Justice ne va tout de même pas l'enfermer pour si peu.

- Mais ? Mais c'est complètement con ?!

- Évidemment, et alors ? On me demande un quota d'arrestations pour stupéfiants, je le fournis. Quand il est fourni je vais faire mon vrai boulot, j'enquête, je planque, je vais à la chasse aux infos, je bosse, qu'est ce que tu crois ?


- Mais… Personne n'est au courant que c'est toujours le même ?

- Mais si, tout le monde. On s'en fout, il faut des chiffres, on donne des chiffres. Une fois qu'ils les ont, ils nous foutent la paix, alors on peut se mettre à bosser. Hé, va pas t'amuser à arrêter Kotastup ! C'est le nôtre, personne y touche !

- Euh… Non, merci, ça va, je te rappelle que moi, je gère les délits routiers, alors je m'en fous un peu, de ton gaga ! Par contre ne t'avise pas d'aller constater un dépassement de vitesse sur la 4 voies avenue Sartre ! C'est quota prunes, celle-là !


- Kotaprün ? C'est quoi, c'est kurde ?

- Non, quota – prunes, quota d'amendes si tu préfères.

- Sur l'avenue Sartre ? C'est une quatre-voies, elle n'a rien d'extraordinaire, non ?

- Non, bien sûr, sinon qu'elle est en agglomération. Tout le monde l'a oublié et y roule à 90 km/h mais c'est en ville, donc limité à 50. Alors en fin de mois, si notre quota de PV vitesse n'est pas atteint, on …



Cette brève est bien EVIDEMMENT une FICTION, qui NE se déroule PAS en France.

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 16 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 29 juillet 2009
- Publié dans : Sur la route


Il a pris, comme les autres, une clé de véhicule, n'importe lequel, et est allé vérifier qu'il y avait le plein. Pas de bol : moins des trois quarts du réservoir. Obligé d'y aller.


Trouver la carte essence, se souvenir du code à donner au guichetier, et en avant pour la corvée matinale. Tant qu'à faire, il va s'en débarrasser vite fait,alors il démarre la bagnole et s'en va seul, à deux kilomètres de là, faire son plein.


A six heures et quart, il a encore les yeux un peu collés, normal. Sa petite Sarah a crié son angoisse nocturne jusqu'à point d'heure, papa l'a bercée dans la pénombre jusqu'à ce qu'elle se rendorme, alors forcément maintenant Sarah dort comme un ange : et lui est crevé. D'ailleurs, il n'est pas allé au sport avec les collègues, c'est plutôt rare pour un footeux tel que lui ! Mais bon, impossible de courir avec la tête dans le pâté, alors il s'est dévoué avec deux trois autres pour les pleins, tandis que les potes courent après la baballe sur un stade désert pour commencer la journée du bon pied.


Il est presque arrivé à la station ("le code, c'est quoi déjà ? Ah oui, vingt-deux vingt-deux, quelle imagination…"), et un petit groupe lui fait signe de l'autre côté de la large avenue. Ça a l'air important. Sans doute une famille coincée par un gougnafier s'étant garé devant leur porte de garage, un classique de ce quartier. Il met le cligno et s'arrête donc, bâille encore une fois, claque sa portière, et va voir.


- Pressez vous, monsieur l'agent, c'est grave, je crois qu'ils sont morts !


Le mot est lâché. Un an de carrière, la première affaire, le premier paquet d'adrénaline dans la gueule, des morts et il est seul. Pas d'ancien à ses côtés, pas de gradé, tout seul. Des morts. Courir.


Les gens lui désignent deux ados au sol, un scooter atomisé près d'une calandre de véhicule immobilisé sur la voie ; un homme pleure, assis tout près, tremblant. Le conducteur de la voiture sans doute : les deux minots ont dû prendre le sens interdit à fond, et il a pris dans l'habitacle le craquement irrémédiable des tôles et plastiques s'embrassant plein fer, à six heures du mat'. Le laisser pleurer, celui-là ira mieux.


C'est en état second qu'il passe un appel radio un peu embrouillé, mais il est sûr qu'il a dit "Priorité absolue" et "deux blessés minimum", le reste, il a oublié, il est par terre, à genoux, il a posé sa radio au sol. Il est à genoux, et il est mort de trouille, ils sont deux, il est seul, qu'est ce que je fais, bordel, qu'est ce que je fais ?


Il choisit. Le type casqué a l'air démantibulé, et il geint. Il geint. Donc il respire. Il s'occupera de la petite sans casque, qui ne fait pas de bruit. Il a choisi.


Vite et lentement, paniqué et lucide, il écoute sa respiration : elle respire. Il lui parle, regarde-moi petite, regarde-moi, Jésus aide-moi qu'est ce que je raconte je suis fils de musulman si mon père m'entend il me gifle, mon dieu s'il te plaît réveille-la je crois pas en dieu je m'en fous réveille-la les collègues vont arriver, les pompiers aussi, réveille-toi !


Il l'a tournée, lentement, doucement, parce qu'il le faut, il ne se souvient que de cela, la technique il l'a effacée, il l'a oubliée, il est sûr qu'il y a une technique pour ça mais il ne sait plus rien que " pas de conscience et elle respire, c'est PLS* ". Alors, doucement, il tourne la petite dans sa flaque de sang, la cale contre sa cuisse, il entend toujours le type à côté qui gémit, il lui dit j'arrive, j'arrive, je m'occupe d'elle et promis je m'occupe de toi, un peu de patience s'il te plait, ils arrivent, ils vont m'aider.


La jeunette est là collée sur sa cuisse, non elle ne va pas basculer, tu m'entends mon dieu faîtes-lui ouvrir les yeux, je veux qu'elle me voie, je veux qu'elle respire, papa s'il te plaît je sais que tu es mort excuse-moi, viens m'aider, respire petite, ouvre les yeux.


Elle les a ouverts, tandis qu'il lui caressait à peine les cheveux. Elle a ouvert des yeux perdus, au-delà d'un regard, inertes et asynchrones, des yeux déjà basculants sous une auréole de cheveux ensanglantés, sous sa large main la plus douce possible.

Regarde-moi s'il te plait je suis là je t'aide ton copain va bien, les secours arrivent, ils sont là, mes collègues sont là, les pompiers sont arrivés, ne ferme pas les yeux s'il te plait ne ferme pas les yeux mon dieu, s'il te plait regarde-moi, ne pars pas.


Les copains étaient là, les plus anciens. Il a quitté la petite à regret,  écarté calmement par un pompier moustachu. Il se souviendra de la moustache du pompier, grise, fournie, et rien d'autre. Le casque, peut-être ? Même pas. La moustache grise du pompier, plus fine que celle de  son père, mais la même couleur, pareil.


Il s'est relevé comme un flic. Connement, il pensait à faire le plein. Il a même aidé l'équipage à dévier la circulation. Non monsieur ne vous arrêtez pas, circulez, il n'y a rien à voir. Il n'y a rien à voir. Plus maintenant. Vraiment.


Au retour, il a tapé le rapport de primo-intervenant, pour le service des accidents. Pendant une grosse heure, il a revécu les gestes, éliminé les mon dieu et les papa, écrit un rapport concis de fonctionnaire efficace. Et puis il l'a relu, et corrigé. Et puis c'était fini.


Il le tendait à son chef quand la radio a annoncé un mort, le jeune casqué, à l'hôpital. Celui qu'il avait choisi de ne pas choisir. Son chef est aussi formateur de secourisme, une chance :


" Aucun regret à avoir, jeune, tu l'as choisie à juste titre, vraiment le bon choix, j'aurais pas fait mieux, crois-moi ", insiste t-il deux, trois fois, jusqu'à ce que ça rentre, de travers, tout plié, tout froissé pour le moment.


À juste titre. Appeler ma femme. Pas fait mieux. Sarah. Une moustache. Le bon choix. Papa.

 



 

 

à Ahmed

 

 




* PLS : Position Latérale de Sécurité. A appliquer dans ce cas : personne INCONSCIENTE qui RESPIRE.
 

 




Se former au Secourisme ? Voir ici, la
Croix Rouge.

Par gabian - Recommander - Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 3 juin 2009
- Publié dans : Sur la route

 

La nuit présente son aspect le plus creux à trois heures. L'instant est concave, il ne se passe jamais rien, à trois heures. Les minutes durent le temps qu'elles veulent, la nuit assomme la Terre et les rares veilleurs qui la parcourent ; c'est le moment le plus calme, le moment qui n'a rien à dire, nulle part.

Certes, on est les rois du monde. Aucune hiérarchie dans les bureaux, aucun message radio, très peu de flics dehors et aucune tâche indue : la ville est à nous. Le problème, c'est qu'elle est vraiment à nous. Il n'y a personne d'autre.

Le moindre véhicule circulant dans nos rues devient un sujet de contrôle potentiel, et il est vrai qu'on en regarde les chauffeurs avec attention. Sait-on jamais, pour peu qu'un demeuré recherché se croie plus en sécurité à circuler de nuit tout seul au milieu de rien plutôt qu'en plein jour, anonyme au milieu des fourmis…

En contrebas sur le petit périphérique à quatre voies, nous avisons un accident dont s'occupent les collègues de la tenue. Un véhicule sur le toit au milieu de la chaussée, le véhicule de police garé à contresens tous feux allumés, gyrophares bleus et orange en fonction.

Ça n'est pas notre problème. Certes. Mais ils ne sont que deux, on pourrait peut-être leur donner la main. Et je les connais bien, ils font partie de mon ancienne brigade. Mon gradé n'a pas l'air franchement emballé par mon initiative mais hein, si tu veux aller où tu veux, tu n'as qu'à prendre le volant… Je descends sur l'accident, pour voir. Pour passer le temps aussi.

Ils nous renseignent rapidement, rien pour nous a priori, l'affaire est claire : le type a un peu bu, il a tapé contre la barrière de sécurité, la voiture s'est retournée ; il n'a rien, c'est du lourd à traiter en termes de procédure mais ça n'offre pas de développement pénal. Nous, c'est le flag, le saute-dessus, l'arrestation rapide et carrée, pas ce genre de routine qu'on a quittée sans regret. Mais bon, on n'a rien d'autre à faire, on peut aider un peu.

Au loin s'annonce un véhicule, roulant bien vite pour l'heure, pleins phares, en direction des feux de la PS1. Et ça ne ralentit pas. Du tout.

Il y a une distance au-delà de laquelle il n'est même plus utile d'appuyer sur le frein, l'accident aura lieu. Le conducteur cette fois la franchit sans même l'évoquer, pas une hésitation, pas un coup de volant, rectiligne, la voiture des collègues ne fait même pas obstacle, elle fait cible. À peine le temps de hurler de faire gaffe, et la nuit change d'éclairage.

Plein fer, pleine cible, et dans le rond central encore, celui à cinquante points, dans un bruit de ferraille fracassée et de plastiques broyés. La rampe de gyrophares s'arrache et va finir sa vie sur le bas-côté tandis que la voiture qui la supportait produit un gros soupir de vapeur, s'affaissant tel un éléphant ayant pris une dum-dum en plein front.

La demi-seconde qui suit sera considérée comme perdue pour l'éternité. La voiture sérigraphiée des collègues est HS2, pas de problème de diagnostic. Celle qui l'a visée et touchée ne vaut pas mieux. Collègues blessés ? Non, tout le monde est là.

Et ça démarre, à fond, sans échauffement. Les bleus se dirigent vers leur voiture pour la sécuriser, nous fonçons vers l'autre pour comprendre. À l'arrière de celle-ci, un type et une toute jeune fille, conscients. La petite est silencieuse, les yeux grands ouverts, et ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Le type par contre, se penche entre les sièges vers la conductrice et répète en boucle : " Mais chérie, qu'est ce qui t'a pris ? Mais qu'est ce qui t'a pris ? "

Les collègues lui intiment l'ordre de leur ouvrir la portière. Rien à faire, il est en mode répétition, choqué, il n'entend rien. Ils tirent sur les poignées, donnent des coups de pied, tout est scellé, rien à en tirer.

Tandis que tout le monde s'affaire, le veilleur de nuit de l'usine proche est sorti de sa bulle, un monsieur vraiment âgé pour son uniforme neuf, et tourne autour de l'accident en ne sachant quelle posture adopter.

Je me suis positionné à l'avant du véhicule, pour essayer de secourir la conductrice : sa portière aussi ne répond plus. Je m'acharne sur la tôle, tandis qu'un collègue quitte la scène à toutes jambes. Je finis par imiter mon pote intervenant à l'arrière : je sors ma matraque télescopique et je fracasse la vitre, pas le temps de peaufiner, la dame semble salement amochée.

Sous les yeux de plus en plus arrondis du veilleur de nuit, mon collègue revient et plonge ses mains prolongées de l'extincteur dans le pli du capot soulevé par le choc, il y pulvérise la poudre blanche, annihilant le début de fumée qui commençait à poindre.

Le type à l'arrière est en état de choc, il n'est capable que de répéter en boucle ses " Mais qu'est ce qui t'a pris " à la conductrice. Un compte rendu rapide des collègues m'apprend que les passagers arrière, un père et sa fille, ont chacun une jambe brisée : ils s'en occupent.

Je reste seul avec la conductrice, la maman sans doute. Elle a dû s'endormir, d'où l'accident. Elle ne portait pas sa ceinture de sécurité. Elle est écroulée sur son volant, respire difficilement. Je dois faire un bilan avant de tenter quoi que ce soit. Je me calme, d'abord. Le sang qui recouvre sa face ne doit pas m'impressionner, elle a eu les arcades ouvertes par le choc, ça a beaucoup saigné mais c'est sans gravité.  

 

[...]

La suite dans mon deuxième livre, à paraître.

 

1 La PS : la voiture Police Secours 
2 HS : Hors Service. En gros, foutue.

Par gabian - Recommander - Voir les 4 commentaires - Ecrire un commentaire
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