L'auteur du jour est un invité, Viktor. Il est gardien de la paix,
depuis quatre ans en Police Secours en Seine Saint Denis.
Je lui laisse les clés des commentaires pour une semaine.
Bonne lecture à tous !
04h45
Sigfried est froid, un goût métallique dans la bouche.
Il n’a pas assez dormi mais c’est pour lui une habitude. Il prend son service à 6h00, il est temps d'y aller.
05h40
Sigfried roule sur le périphérique parisien, mal à l’aise dans son vêtement de cuir.
Engoncé entre le siège, le gilet pare-balles et son holster, il y va quand même, bien obligé de suivre le rythme.
05h55
Sigfried arrive au service déjà apprêté, et pénètre dans les sous-sols.
Ses collègues en sont encore à s'extirper de leurs vêtements civils, lui n’a qu’à changer de ceinturon.
Il retrouve sa paire de menottes et sa gazeuse… eux sont restés au placard pour la nuit, et n’ont rien à raconter, évidemment.
Il sait ainsi que la journée commence bel et bien, chose que confirment les nombreuses réflexions sur le manque de sommeil, la fatigue et la météo qui fusent dans les vestiaires, entre ceux du jour et les « hiboux », les flics de nuit.
Direction le rez de chaussée.
06h00
Sigfried se dirige lui aussi vers le poste, passant devant les cellules de garde à vue.
L’odeur infecte ne le dérange pas : quand bien même il aurait du nez il y a toujours ce goût métallique qui prendrait le dessus.
Les cellules sont pleines, dix ou douze personnes, entassées dans deux cages crasseuses.
Certains encagés dorment en tas sur le béton, d’autre, trop anxieux pour se reposer, restent debout et observent le va et vient policier à travers les vitres.
« Eh chef ! Il est quelle heure ? Il arrive quand l’Officier ? j’suis la depuis hier moi et …eh CHEF ! CHEF…!! »
Il n’a pas répondu. Pas dans ces conditions. D'ailleurs il n'a encore jamais répondu pour de bon. Ne jamais répondre, sauf nécessité absolue.
06h01
Sigfried, toujours dans son cuir, se fraye un passage dans la cohue généralisée.
Ceux qui s’en vont et ceux qui arrivent se voient à peine, et certains se cognent au détour d'une porte, rien de grave : le cuir, ça protège.
06h06
Les hiboux de la nuit ont regagné leurs branches, le calme est revenu et l’appel commence.
Les partenaires de Sigfried sont droits et silencieux, quant aux autres silhouettes dans la pièce, les yeux rougis de sommeil, elles n’attendent que la fin pour filer prendre un café.
Chacun connait maintenant son poste et les quelques recommandations pour la journée.
Un contrôle routier imposé au milieux d’une place avec des chaussées à cinq voies, de multiples arrêts de bus et aucune visibilité… laisser les gens y circuler à 80km/h serait probablement plus conforme au bon sens que de tenter d’arrêter qui que ce soit au milieu de cette circulation… encore un choix judicieux d'élites assises.
Sigfried ne commentera pas.
Il travaille toujours en binôme, même isolé dans une cité, il ne peut pas être seul, impossible, même en surveillance d’un bâtiment ou sur un point de circulation, c’est comme ça et ça ne changera pas.
Aujourd’hui il est en police secours, mais lui ne conduira pas. Il laisse ça à son collègue, il n’est pas là pour ça, et ce n’est cette fois pas qu’une théorie.
D’ailleurs son binôme l’attrape fermement et se dirige vers le bac à sable de l'armurerie... Que se passe t-il ?
Il retourne Sigfried, le malmène, lui retire son chargeur, vérifiant que le compte est bon.
« Quatorze cartouches, c’est bon Sigfried, on peut y aller ! »
Le collègue remet Sigfried à sa place, et se dirige vers sa voiture de patrouille.
SIG, comme Sigfried. Un jour de schizophrénie, le collègue en a décidé ainsi, il l’appellerait Sigfried, clin d’œil à sa fabrication suisse allemande.
Sigfried ou SIG SAUER 2022, son arme de service.








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