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Mes invités

Mardi 20 avril 2 20 /04 /Avr 06:01
- Publié dans : Mes invités


pompes funèbres

 

 

 

Guillaume est croque-mort. Il en faut ? Oui. Comme des flics, des chirurgiens ou des Michel Drucker. Non, oubliez ce dernier exemple.

Guillaume est un lecteur de longue date, employé d'une entreprise de pompes funèbres, qui tient un blog d'humour (noir, il va sans dire). Il me fait le cadeau d'une anecdote tout en délicatesse et poésie, comme seuls nos métiers peuvent en générer de temps en temps.

Merci à lui, bonne lecture à tous.




Quand la police trouve un défunt, ils appellent la confrérie des joyeux croque-morts, dont je suis. Ça s'appelle une « réquisition ». En gros, on vient, on ramasse, et on envoie la facture au procureur. Qui la paie quand il a le temps, le budget, et surtout, pas de famille à qui la refiler.

 En général, la patrouille appelle le central, qui appelle un médecin, éventuellement légiste, un Officier de Police Judiciaire (OPJ) si nécessaire, et les pompes. Le tout dans l'ordre, ce qui nous permet de discuter avec la patrouille, en attendant que chacun arrive et fasse sa petite affaire.

Or donc, voilà qu'un soir une patrouille est appelée par les voisins d'un appartement d'où émane une « nuisance olfactive ». Deux policiers se présentent donc à la porte, constatent que le logement est occupé par une petite vieille terrifiée, réussissent, en déployant des trésors de psychologie, à se faire ouvrir la porte, et entrent dans un dépotoir.

Des sacs poubelle éventrés jonchent le sol, le hall est dans un état de saleté incroyable, l'odeur est suffocante, la vieille elle même étant dans un désordre mental manifeste. L'un des deux policiers ayant réussi à engager le dialogue avec elle, son collègue décide de jeter un petit coup d'œil dans le reste de l'appartement, histoire de constater l'étendue des dégâts.

L'agent resté avec la dame est surpris d'entendre son collègue l'appeler, d'une voix bizarre, un peu trop aiguë peut-être :

- Viens voir !

- Je suis occupé, là !

- Oui, oui. Mais viens voir. Dans le genre maintenant - tout de suite, si tu veux bien !

Il rejoint son collègue dans une chambre proche. S'y trouvent : une armoire, une commode, deux lits jumeaux, un cadavre d'homme.

Soigneusement recouvert jusqu'au cou d'une couverture ignoble, sur un matelas imprégné de fluides corporels coagulés, le corps semble être là depuis six à dix mois. Les coprophages et nécrophages ont depuis longtemps déserté, ne trouvant plus de pitance sur les os où ne subsistent que des lambeaux de chair desséchée. Les deux flics en ont vu d'autres mais tout de même, cette fois, ça coince côté déglutition.

Ils retournent voir la vieille, après avoir par radio appelé un OPJ en renfort, "dans le genre très urgent illico tout de suite, là, mais vite". Celui qui a établi le contact se lance, cherchant ses mots, très embêté :

- Euh, madame, vous savez, il y a quelqu'un dans le lit, dans la chambre…

- Oui, c'est mon mari !

- Mais, madame, il n'y a rien qui vous choque ?

- Non, quoi ?

- Il est mort, madame. Il est mort depuis un moment, madame.

La vieille le fixe, son regard perdu dans un vide auquel même elle sans doute n'a pas vraiment accès, puis :

- Ah... Je me disais, aussi, qu'il n'était plus très causant, ces derniers temps…

La dame a été internée, le monsieur inhumé. Leur fille a fait livrer une couronne, n'a fait aucun problème pour régler la facture du Procureur, et n'a pas jugé utile de se déplacer.

 

 

 

Par Guillaume - 18 blâmes et féloches - Je commente
Mercredi 2 décembre 3 02 /12 /Déc 08:00
- Publié dans : Mes invités

L'auteur du jour est un invité, Viktor. Il est gardien de la paix, depuis quatre ans en Police Secours en Seine Saint Denis.
Je lui laisse les clés des commentaires pour une semaine.
Bonne lecture à tous !


04h45

Sigfried est froid, un goût métallique dans la bouche.

Il n’a pas assez dormi mais c’est pour lui une habitude. Il prend son service à 6h00, il est temps d'y aller.

05h40

Sigfried roule sur le périphérique parisien, mal à l’aise dans son vêtement de cuir.

Engoncé entre le siège, le gilet pare-balles et son holster, il y va quand même, bien obligé de suivre le rythme.

05h55

Sigfried arrive au service déjà apprêté, et pénètre dans les sous-sols.

Ses collègues en sont encore à s'extirper de leurs vêtements civils, lui n’a qu’à changer de ceinturon.

Il retrouve sa paire de menottes et sa gazeuse… eux sont restés au placard pour la nuit, et n’ont rien à raconter, évidemment.

Il  sait ainsi que la journée commence bel et bien, chose que confirment les nombreuses réflexions sur le manque de sommeil, la fatigue et la météo qui fusent dans les vestiaires, entre ceux du jour et les « hiboux », les flics de nuit.

Direction le rez de chaussée.

06h00

Sigfried se dirige lui aussi vers le poste, passant devant les cellules de garde à vue.

L’odeur infecte ne le dérange pas : quand bien même il aurait du nez  il y a toujours ce goût métallique qui prendrait le dessus.

Les cellules sont pleines, dix ou douze personnes, entassées dans deux cages crasseuses.

Certains encagés dorment en tas sur le béton, d’autre, trop anxieux pour se reposer, restent debout et observent le va et vient policier à travers les vitres.

 « Eh chef ! Il est quelle heure ? Il arrive quand l’Officier ? j’suis la depuis hier moi et …eh CHEF ! CHEF…!! »

Il n’a pas répondu. Pas dans ces conditions. D'ailleurs il n'a encore jamais répondu pour de bon. Ne jamais répondre, sauf nécessité absolue.

06h01

Sigfried, toujours dans son cuir, se fraye un passage dans la cohue généralisée.

Ceux qui s’en vont et ceux qui arrivent se voient à peine, et certains se cognent au détour d'une porte, rien de grave : le cuir, ça protège.

06h06

Les hiboux de la nuit ont regagné leurs branches, le calme est revenu et l’appel commence.

Les partenaires de Sigfried sont droits et silencieux,  quant aux autres silhouettes dans la pièce,  les yeux rougis de sommeil, elles n’attendent que la fin pour filer prendre un café.

Chacun connait maintenant son poste et les quelques recommandations pour la journée.

Un contrôle routier imposé au milieux d’une place avec des  chaussées à cinq voies, de multiples arrêts de bus et aucune visibilité… laisser les gens y circuler à 80km/h serait probablement plus conforme au bon sens que de tenter d’arrêter qui que ce soit au milieu de cette circulation… encore un choix judicieux d'élites assises.

Sigfried ne commentera pas.

Il travaille toujours en binôme,  même isolé dans une cité, il ne peut pas être seul, impossible, même en surveillance d’un bâtiment ou sur un point de circulation, c’est comme ça et ça ne changera pas.

Aujourd’hui il est en police secours, mais lui ne conduira pas. Il laisse ça à son collègue, il n’est pas là pour ça, et ce n’est cette fois pas qu’une théorie.

D’ailleurs son binôme l’attrape fermement et se dirige vers le bac à sable de l'armurerie... Que se passe t-il ?

Il  retourne Sigfried, le malmène, lui retire son chargeur, vérifiant que le compte est bon.

« Quatorze cartouches, c’est bon Sigfried, on peut y aller ! »

Le collègue remet Sigfried à sa place, et se dirige vers sa voiture de patrouille.

SIG, comme Sigfried. Un jour de schizophrénie, le collègue en a décidé ainsi, il l’appellerait Sigfried, clin d’œil à sa fabrication suisse allemande. 

Sigfried ou SIG SAUER 2022, son arme de service.

 

 

Par VIKTOR - 14 blâmes et féloches - Je commente
Mercredi 7 octobre 3 07 /10 /Oct 07:55
- Publié dans : Mes invités

 

Pour lire et commenter mon dernier texte ("Ah, madame"), il vous faudra aller chez Jayos. Jayos qui est le signataire ici-même du texte qui suit ("Il est frais !"), je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Jayos est un collègue, qui m'a envoyé le texte que vous allez lire ici cette semaine. En échange, je lui ai envoyé un texte qu'il publie sur son site. C'est bon, j'ai tout bien expliqué ?

Donc vous allez commenter son texte ici tandis que pour les commentaires à propos du mien, il faut aller chez lui, parce que si vous commentez chez moi le texte que j'ai laissé chez lui et vice-versa, on ne va plus rien comprendre alors que, déjà aujourd'hui, je ne suis plus sûr moi-même d'avoir tout compris à cette initiative que j'ai pourtant initiée.

En gros, allez là-bas, chez Jayos, pour me lire, et savourez Jayos ici-même.

 

Il est frais !


Le moteur va lâcher ! Le moteur va lâcher ! Le moteur n’a pas lâché.

Le virage ne passera pas ! Le virage ne passera pas ! Le virage est passé.


- De Mirabelle 1, on approche par la rue de Metz.

- De Mirabelle 2, on arrive par la place Victor Hugo.

- De Mirabelle 3, on fait le tour par l’avenue d’Amérique.

- Reçu, d'Eglantine. J’ai toujours le requérant en ligne, l’individu continue son escalade vers le balcon du premier étage.


Minuit et demie. L’heure du crime et demi, pas un chat dans les rues. Une main crispée sur la poignée de toit, l’autre sur le micro de la radio. Le moteur qui hurle qu’il va vomir ses tripes et le chauffeur qui grince des dents tant il est concentré. Après son stage initial, il avait bien fait de prendre la brigade de nuit, le lieutenant ; la procédure c’est bien, l’adrénaline c’est mieux !

L’appel était tombé alors qu’il buvait le café. Un vol par escalade en plein centre ville. Ce n’était sûrement pas l’affaire du siècle, mais arrêter les voleurs c’est le rôle premier de n’importe quel flic.

Alors il avait sauté dans la voiture de la B.A.C. comme si le sort du monde libre en dépendait. Il avait vu défiler les lampadaires plus vite qu’il ne pensait possible dans ces rues étroites. Il avait de justesse retenu sa main avant qu’elle ne se jette sur le gyro. La nuit, une lumière bleue c’était comme gueuler dans un mégaphone : « Prenez garde, Bandits, la Police vient vous chercher discrètement ! ». Il serait passé pour un bleu, ce qu’il ne voulait surtout pas devant les Anciens.

Il avait eu des doutes avant de choisir. Mener une Brigade de Nuit, où les caractères sont bien trempés,  était un pari toujours risqué. Des gars d’expérience, habités à faire comme ils le jugeaient nécessaire et à dire ce qu’ils pensaient. Mais ils étaient bons. Ils s’organisaient d’eux-mêmes. Pas besoin de dire à Machin de passer par là et à Truc de passer par ici. Ils savaient ce qu’il faisaient et il se devait de faire au moins aussi bien qu’eux. Il allait se plaire à la nuit, il en était sûr !

Le chauffeur ralentit d’un coup, rendant le moteur aussi discret que possible.

- On arrive, prit-il la peine de préciser.

Le lieutenant passa rapidement  son équipement en revue. Etui pistolet accessible, radio portable dans la poche, lampe dans la ceinture, le tout bien calé, le tout prêt à courir.

- De Mirabelle 1, on est sur place !

Il sauta de la voiture… et s’arrêta les yeux au ciel, la bouche entrouverte, refusant de croire ce que pourtant il constatait.

Un long silence suivit. Le chauffeur s’assit sur le capot de la voiture haletante et alluma une cigarette. A pas de loup, les autres véhicules approchaient, de vagues sourires éclairant les visages de leurs occupants.

- Devriez fermer la bouche lieutenant, sinon ça va vous rester, lâcha le chauffeur.

Sa mâchoire claqua mais son regard de dévia pas.

- Mirabelle 1 d’Eglantine, vous me confirmez que vous êtes sur place ?

- Mirabelle 1 d’Eglantine ?

- Mirabelle 1 d’Eglantine, pour essai radio.

- Lieutenant, c’est nous qu’il appelle.

Le jeune officier parut réintégrer la réalité. Il cligna des paupières et chercha fébrilement la radio dans sa poche.

- Eglantine de Mirabelle 1, je vous confirme que je n’oserai pas me remontrer au Service de toute la nuit…

Sur la façade du pavillon, tout de rouge vêtu et suspendu à sa corde, le malfrat se balançait au gré du vent. Le Père Noël en plastique contemplait innocemment le désarroi du barretté. Le propriétaire des lieux n’avait pas jugé nécessaire de le décrocher.

- D’Eglantine, il est minuit trente quatre. Je vous souhaite un bon premier avril. Bienvenue à la nuit, Lieutenant.

 

Par Jayos - 13 blâmes et féloches - Je commente
Dimanche 4 octobre 7 04 /10 /Oct 08:00
- Publié dans : Mes invités

J'ai reçu ça de la part de Marie, une fidèle lectrice. Je le laisse tel quel, ça m'a fait rire moi aussi !

Bonjour Serge,

Je t'envoie une petite histoire racontée par une Méridionale hilarante, pleine de tchatche et de bonne humeur. Selon elle, c'est une "mésaventure" qu'elle a réellement vécue, et les flics ont tellement ri qu'elle s'en est tout de même bien sortie :

 

- " Qu’est-ce qu’il y a, monsieur l'agent ? Qu’est-ce que j’ai fait ?

- Madame, vous venez de brûler ce feu, là, juste derrière vous.

- Moi ? brûlé un feu ? Alors là ça m’étonnerait ! Jamais de la vie ! Je respecte TOUJOURS le code de la route, moi, monsieur ! J'ai jamais brûlé de feu, attends ! Quel feu, d’abord ? Où ça ?

- Juste derrière vous, madame, à dix mètres.

- Ah non mais attendez, c’est pas que je l’aie brûlé, celui-là, c’est que je l’ai pas vu, c’est différent ! Regardez, on le voit pas, ce feu, il y a l’arbre devant ! Vous pouvez pas me verbaliser pour ça ! C’est dangereux un feu qu’on voit pas, en plus ! Allez, s’il vous plaît, soyez sympa ! Je vous jure que je ferai attention, maintenant que j’ai vu qu’il y avait un feu ! En plus, vous voyez bien, je roulais vraiment pas vite ! J'ai pas fait exprès, je vous assure !

- Bon... (soupir...) Pour cette fois, ça ira...

- Oh merci, merci monsieur l’agent, vous êtes trop gentil !

- Mais quand même, faites vraiment attention. Regardez, nous sommes postés à dix mètres du feu, presque sur la route ! Vous ne nous avez pas vus non plus ?

- Hahahaha, qu'il est drôle lui ! Ben non, tiens ! Si je vous avais vus, je me serais arrêtée au feu, il était rouge ! "

 

 

 

Merci, Marie !

 

 

Par Marie - 7 blâmes et féloches - Je commente
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