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1 - De 1'50" à 4'02", joue du piano avec un grand.

2- T-shirts sympas. Pour flics. Mais pas que.

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" Jugez, Messieurs, de l'étonnement, de la douleur de l'honorable témoin que voilà quand, rentrant de l'atelier, il trouve sa femme au lit, la tête fendue et la porte défoncée. "
La Liberté, 18 octobre 1908.

Tiré de l'indispensable Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, réédition 1991, G. Bechtel et J-C. Carrière (Bouquins)

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Moments de solitude

Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 07:56
- Publié dans : Moments de solitude

  
      Texte extrait de "Chroniques de la main courante". En vente partout. C'est Noël. Je dis ça, je dis rien. 


     -  " Allez, fini de jouer à cache-cache ! Sortez de là ! Allez, on descend ! "

Ils gueulent depuis le quai vers le haut des wagons, là où un large interstice permet de discerner les cabines des camions, qui vont y faire le trajet vers l'Angleterre d'ici à deux heures.

Ici, c'est la foire aux clandestins. À l'entrée du Tunnel sous la Manche, les tentatives de passage sont légion, et vouées à l'échec. Les clandestins ne se lassent pas, mais eux non plus. En plus c'est excellent pour leurs statistiques d'emploi.

Quand, à trois heures du matin, une patrouille entrevoit un mouvement dans un des fossés entourant la gare de chargement, elle peut être sûre de ramener un E.S.I. (Étranger en Situation Irrégulière), et hop, un petit bâton dans la colonne correspondante.

Sauf qu'ici, c'est jackpot à tout coup. On n'arrête pas un, ni deux individus à la fois, mais vingt, trente parfois, qui se lèvent du fossé dès qu'ils ont été repérés. Record : en une prise, soixante et un !

Ils connaissent la musique, ne se rebellent pas, sont amenés vers la sortie, leurs identités sont notées, et rendez-vous la nuit prochaine. Quatre flics, trente arrestations en une fois : c'est pas de la statistique officielle et véridique qu'elle est belle, ça ?

Cette fois, de loin, ils les ont vus monter dans le wagon, trop tard. Ils savent qu'il y en a une vingtaine, il faut les en faire sortir. Mais les wagons sont fermés, et les E.S.I. s'obstinent à se taire malgré leurs appels à la raison. Bon.

Ils montent donc sur le wagon, c'est plein d'angles, de prises, ça va être vite vu. Ah tiens, non. L'interstice n'est pas très pratique, on n'y voit pas très bien dans ce machin, même en passant le bras avec la lampe l'œil bute sur les camions, on ne voit personne.

Donc ils montent un à un sur le toit et tentent une approche par le haut, tonfa en main pour éviter de le cogner partout.

Vingt secondes de vaines tentatives et un petit bonhomme en cotte bleue jaillit d'un petit bâtiment, hurlant à leur endroit des propos indiscernables à cette distance. Qu'est ce qu'il veut, le braillard ?

Ils attendent son arrivée, qui ne saurait tarder vu la course effrénée qu'il a entamée. Il arrive enfin sur le quai. Mais c'est qu'il les engueule !

-  " Bande de crétins dégénérés, qui vous a dit d'aller vous fourrer là-haut ? C'est vous leur chef ? Mais vous êtes un vrai con, c'est signé Connard de Compétition une idée pareille ! Faîtes descendre vos abrutis immédiatement, vous m'entendez, c'est un ordre !

Descendez tous, espèces de Q.I. d'huîtres ! On n'a pas idée de faire des conneries pareilles à trois heures du matin ! Non mais vous vous êtes vus, espèces de décérébrés ? Descendez, ou je vous mets mon pied au cul ! "

Les dix flics estomaqués n'y croient pas encore. Ce nabot chauve et bleu se permet non seulement de les engueuler mais en plus il les insulte, et de surcroît il est en auto-allumage : personne ne lui a encore répondu qu'il s'échauffe de plus belle !

- " Vous êtes encore là-haut ? Non mais vous avez de la cire dans les esgourdes en plus ?! Je vous dis de descendre, bande de têtes de noeuds ! Vous, le chef des crétins, dîtes-leur de revenir sur le quai tout de suite, ou il va y avoir des morts ! Mais comment il faut vous le dire, espèces de tarés congénitaux ?! Descendez de ce train, trisomiques ! "

Il trépigne maintenant, débordant d'une incoercible fureur, gigotant ses petits bras en tous sens, adoptant une belle couleur vermillon au-dessus de la cotte bleue.

- " Mais descendez, bande de cons de flics de mes couilles ! Descendez de là, saucisses ! Écoutez ce qu'on vous dit pour une fois dans votre vie de cons ! Sur le quai, immédiatement ! "

Tout le monde descend du wagon, mi-vexé mi-curieux, pour calmer Schtroumpf Hurleur.

- " Ah, enfin ! C'est pas trop tôt ! Qui a eu l'idée d'envoyer des humains là-haut ? "

- " C'est moi, je suis leur gradé, et vous commencez à me les gonfler sérieux ! C'est quoi ces manières ? Vous voulez qu'on vous explique… "

- " Vous m'expliquez rien du tout, vous écoutez, ignare galonné ! Vous avez fait monter vos gars sur un train qui est actionné par ? Par ? l'électricité, bravo ! Et d'après vous, comment ça marche, l'électricité ? Y'a un type dans votre genre à l'arrière de la loco, pas-de-cerveau-tout-dans-les-jambes, qui pédale pédale pédale à fond pour lancer le TGV jusqu'à Londres ?

Non, n'est ce pas ? C'est branché sur une caténaire à plus de 100 000 volts ! Toi y'en a comprendre ou il te faut un dessin  ? Vous avez compris, tous ? C'était en tension, bande de macaques suicidaires !

100 000 volts, un seul arc électrique et il y avait dix morts ! Dix flics tout ratatinés tout noirs tout grillés !

Vous avez une chance de cocus que rien ne se soit déclenché ! D'ailleurs vous devriez appeler chez vous : cocus à ce point, à mon avis elle en est à la sodomie et ils sont plusieurs dessus !
Vous m'avez foutu la frousse de ma vie, connards de fonctionnaires, vous êtes vivants par erreur, bande d'inutiles ! "

    Cette nuit-là, peut-être bien que quelques clandestins passèrent côté anglais, et pour sûr ils ne relevèrent aucun outrage à agents. Les définitions de " clandestin " et de " outrage ", n'est-ce-pas, c'est tellement fluctuant, tout ça.


Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 12 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 06:01
- Publié dans : Moments de solitude

Nous sommes une douzaine, tous volontaires, participant aux sélections sportives pour devenir gardes d'ambassade. Les meilleurs auront le droit de participer aux épreuves de tir, puis les meilleurs au tir auront le droit de se présenter devant le jury. L'air glacé de novembre ne doit pas nous ralentir donc échauffement collectif entre potes certes, mais l'épreuve de sélection se jouera seul contre tous. C'est le jeu, un jeu très sérieux.

C'est une affaire d'hommes, toute de muscles et de psychologie guerrière, qu'il convient d'aborder sereinement. Je n'ai rien contre mes collègues, je connais la plupart d'entre eux, on se vanne avant les épreuves, on ira boire un verre en en sortant, aucun problème. Mais pendant la sélection, pas de pitié. Les places sont trop chères pour du fair-play forcément déplacé, alors marche ou crève.

Après que j'ai prêté mon tube d'embrocation à un camarade, j'entame une série de pompes pour faire monter la température du sang. Le moniteur vient à moi, son chronomètre lui battant le torse.

- Excuse-moi, je suis absolument certain qu'on se connaît, et je n'arrive pas à me souvenir. Tu n'aurais pas été formateur en école de police ?

- Ah non, j'y ai été élève, c'est tout.

- Peut-être affecté à Poitiers ?

- Jamais mis les pieds ! Cela dit, c'est possible qu'on se soit croisé dans d'autres sélections sportives, j'en ai fait un paquet depuis un an…

- Non, c'est ma première, je suis jeune moniteur… Mais rien à faire, je t'ai déjà vu quelque part !

- Bon, ça te reviendra. Excuse-moi, je dois continuer, c'est le moment des tours de stade. À tout à l'heure.

Évidemment, pendant mes foulées, j'ai droit aux allusions graveleuses de mes chers collègues à propos de l'intérêt que me porte ce jeune et joli moniteur de sport au survêtement serré, et à leurs sérieux doutes quant à mon hétérosexualité pourtant notoire, inclination nouvelle qui risque d'être fort bienvenue pour gagner quelques précieux points au classement final pour peu que j'y mette du mien avec le mignon… c'est le jeu aussi. Ils ne me déconcentreront pas.

En fin d'échauffement, les maillots déjà humides, les souffles quasi en cadence, nous nous approchons de la ligne, concentrés, prêts pour l'épreuve des 12 minutes. Minimum trois mille mètres à parcourir, et si possible cent mètres à gratter de plus que le voisin en toute fin de course, à s'en arracher un poumon, à en perdre une jambe s'il le faut mais devant, mieux, plus, c'est le but.

Le même moniteur s'approche, le pouce sur le chrono, jette un œil sur notre positionnement, aucun pied ne dépasse de la ligne ;  il s'apprête à donner le signal mais, comme soudain illuminé de l'intérieur, s'arrête et se tourne vers moi :

- J'ai trouvé : compétition de vélo ! Tu fais partie du club Police Région, on a dû se croiser à Paris pour les championnats de France, non ?

- Ah non, désolé, je fais du karaté, mais pas de vélo.

- Ah bon, tu fais pas de vélo ? Ben pourquoi t'as les jambes rasées ?

- T'es gentil, garçon, mais je n'ai PAS les jambes rasées.

Onze concurrents pleurent de rire sur la ligne de départ. Je suis le douzième.

 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 8 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 23 septembre 2009 3 23 /09 /2009 07:56
- Publié dans : Moments de solitude

- Petit, que tu bloques ton lycée parce que y'en a marre de la nouvelle réforme, je comprends, ça fait partie du jeu. Mais là tu vois, entasser des poubelles, faire brûler des palettes, empêcher tes potes d'aller en cours, et depuis vingt-cinq jours maintenant, ça commence à lasser, vois-tu…


- Monsieur l'agent, ça va, vous êtes cool, vous, mais on n'a pas l'intention de bouger ! On a le soutien des masses, on en est sûr, et…


- Attends, je t'explique, grand. Il n'y a plus de caméra. La semaine dernière, OK, tu as fait ton show, le message est bien passé à la télé, aucun problème. Mais là il est sept heures du matin, vous êtes douze volontaires, trente sympathisants, et il n'y a plus de journalistes : tout est différent, comprends-tu...


- Et pourquoi ce serait différent, d'abord ?!


- Tu débutes, toi, on sent que ta formation n'est pas tout à fait aboutie… Tu n'as pas l'air con, tu vas vite comprendre. Il y avait des belles images à produire pour le Vingt-heures, tu as été l'élu grâce à ta bonne bouille et ton keffieh tout propre. Félicitations, c'est la gloire, profites-en, tu vas tomber les plus jolies filles du lycée pour un bon trimestre.

Mais là, maintenant, on est entre nous. Sur une place déserte, devant un lycée mort. On est équipé pour le maintien de l'ordre, grenades comprises, on n'attend plus que les ordres pour vous dégager, et je pense que ça ne va plus tarder.

Alors tu préviens tes potes : si on s'avance, on a fini de jouer, ils dégagent. On n'a pas envie de cogner des ados - on attendra d'avoir des dockers énervés en face pour faire les virils - mais si on doit, on doit.


- Vous voulez dire que s'il y avait des journalistes, ça ne se passerait pas comme ça ?


- Ben tu vois, quand je te disais que tu comprendrais vite ! Évidemment, s'il y avait des journalistes tu ferais comme d'habitude, tu hurlerais aux violences policières, à l'état facho, à la dictature, la routine, quoi. Mais là, il n'y a plus personne, il est trop tôt, il fait trop froid, votre mouvement dure depuis trop longtemps, donc pas de journalistes. Donc on va vous virer mais si possible gentiment, on n'est pas des bœufs.


- Ouah merci monsieur, je vais en parler à mes copains, on va s'en aller, promis, laissez-nous dix minutes, merci monsieur, merci ! Heureusement qu'on n'a pas eu affaire aux CRS, eux on sait qu'ils les font boire pour nous taper, c'est des brutes, au moins avec vous on peut discuter ! Merci !


  Il est mignon, mais il débute, maintenant c'est sûr.

  En hiver, les blousons chauds recouvrent les grands insignes de poitrine avec leurs jolies grosses lettres. Et il vient, notre nouveau jeune copain, froidement, à moins d'un mètre, innocemment certes mais quand même, de nous traiter, trente CRS, de bourricots alcooliques.



 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 10 commentaires - Ecrire un commentaire
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