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ZOOMS

1 - NOIR SUR LA VILLE  :

J'ai gagné un concours de nouvelles, et serai édité dans un recueil réunissant jeunes auteurs et écrivains confirmés. Je serai donc à
Noir sur la Ville 2009, à Lamballe, Côtes d'Armor
, les 14 et 15 novembre, pour y signer ledit opus et mes "Chroniques".

 
Pour la 13° édition, les auteurs invités ont dû relever un défi : créer une couverture de polar à partir d'une photo imposée et le chiffre 13. Et un jeu de mots bien pourri, un !

2 - Un nouvel article, sur Le Post.fr


3
- Les ébénistes, c'est pas des branleurs.

Chroniques de mes Chroniques



 







 




 



 

              
    
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Compétence : Faculté nécessaire à l'accomplissement d'une quelconque ambition, aussi petite soit-elle, distinguant les hommes capables de ceux qui sont morts.

Ambrose Bierce, Dictionnaire du diable, 1911

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Moments de solitude

Mercredi 23 septembre 2009
- Publié dans : Moments de solitude

- Petit, que tu bloques ton lycée parce que y'en a marre de la nouvelle réforme, je comprends, ça fait partie du jeu. Mais là tu vois, entasser des poubelles, faire brûler des palettes, empêcher tes potes d'aller en cours, et depuis vingt-cinq jours maintenant, ça commence à lasser, vois-tu…


- Monsieur l'agent, ça va, vous êtes cool, vous, mais on n'a pas l'intention de bouger ! On a le soutien des masses, on en est sûr, et…


- Attends, je t'explique, grand. Il n'y a plus de caméra. La semaine dernière, OK, tu as fait ton show, le message est bien passé à la télé, aucun problème. Mais là il est sept heures du matin, vous êtes douze volontaires, trente sympathisants, et il n'y a plus de journalistes : tout est différent, comprends-tu...


- Et pourquoi ce serait différent, d'abord ?!


- Tu débutes, toi, on sent que ta formation n'est pas tout à fait aboutie… Tu n'as pas l'air con, tu vas vite comprendre. Il y avait des belles images à produire pour le Vingt-heures, tu as été l'élu grâce à ta bonne bouille et ton keffieh tout propre. Félicitations, c'est la gloire, profites-en, tu vas tomber les plus jolies filles du lycée pour un bon trimestre.

Mais là, maintenant, on est entre nous. Sur une place déserte, devant un lycée mort. On est équipé pour le maintien de l'ordre, grenades comprises, on n'attend plus que les ordres pour vous dégager, et je pense que ça ne va plus tarder.

Alors tu préviens tes potes : si on s'avance, on a fini de jouer, ils dégagent. On n'a pas envie de cogner des ados - on attendra d'avoir des dockers énervés en face pour faire les virils - mais si on doit, on doit.


- Vous voulez dire que s'il y avait des journalistes, ça ne se passerait pas comme ça ?


- Ben tu vois, quand je te disais que tu comprendrais vite ! Évidemment, s'il y avait des journalistes tu ferais comme d'habitude, tu hurlerais aux violences policières, à l'état facho, à la dictature, la routine, quoi. Mais là, il n'y a plus personne, il est trop tôt, il fait trop froid, votre mouvement dure depuis trop longtemps, donc pas de journalistes. Donc on va vous virer mais si possible gentiment, on n'est pas des bœufs.


- Ouah merci monsieur, je vais en parler à mes copains, on va s'en aller, promis, laissez-nous dix minutes, merci monsieur, merci ! Heureusement qu'on n'a pas eu affaire aux CRS, eux on sait qu'ils les font boire pour nous taper, c'est des brutes, au moins avec vous on peut discuter ! Merci !


  Il est mignon, mais il débute, maintenant c'est sûr.

  En hiver, les blousons chauds recouvrent les grands insignes de poitrine avec leurs jolies grosses lettres. Et il vient, notre nouveau jeune copain, froidement, à moins d'un mètre, innocemment certes mais quand même, de nous traiter, trente CRS, de bourricots alcooliques.



 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 10 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 19 août 2009
- Publié dans : Moments de solitude

  

C'est moi qui lui avais trouvé son petit nom, entre autres à cause de son envergure hors normes, et aussi au fait qu'on ne l'entendait jamais prononcer un mot plus haut que l'autre. C'est vrai :  qui connaît le cri de cet oiseau ? Personne. Donc un grand balèze de deux mètres de haut avec des ailes de géant, et en plus nageur sauveteur, c'était inévitable : " l'Albatros ". Après tout, j'avais bien hérité de " F7 ", sous prétexte que je corrigeais les fautes d'orthographe des PV et rapports de toute ma section1.

Durant l'année, il tournait avec nous, et l'été venu il s'en allait sur ses plages chéries officier dans ses domaines préférés, la surveillance et le sauvetage, dans son uniforme de circonstance. Maillot de bain bleu, lunettes de soleil et T-shirt blanc siglé CRS. Ah oui, un troisième domaine, la drague, cela va de soi.

Dopé à l'eau claire, à la musculation et au crawl, il affirmait sans jamais un mot plus haut que l'autre non sa supériorité, mais son léger décalage. Il n'avait jamais besoin de hausser le ton, on l'écoutait. Il avait accepté avec bonhomie l'attribution de son surnom, ne s'en était jamais offusqué, arborait même de temps à autre des broderies représentant le bel oiseau sur ses maillots de sport.

L'Albatros, une bonne fois pour toutes, c'était pas le genre grosse blague avec claques dans le dos et références téléphonées. Heureusement d'ailleurs : avec ses paluches comme des avirons, une claque vigoureuse entre des omoplates non avisées aurait vite tourné au décollement de plèvre inopiné. Lui, c'était le style quant-à-soi, second degré, et il fallait être attentif pour s'aviser que ce qu'il avait dit était drôle. Son flegme l'autorisait à ne pas s'impliquer dans le bruyant pépiement de ses copains poulets : on n'entendrait jamais le cri de l'Albatros.

En cet octobre parisien, donc hors sa chère saison estivale, il était en tenue MO2 comme nous tous, assistant à ma table au déjeuner collectif. Depuis cinq bonnes minutes je participais, à deux chaises de lui sur le même côté de la table, à la discussion rigolarde décryptant le match de rugby que nous avions copieusement perdu la semaine précédente contre la CRS du département voisin, nos challengers de toujours.  Mon verre étant vide, je prononçai cette phrase que je ne savais pas malheureuse :

- Oh, l'Albatros, tu m'envoies l'eau s'il te plaît ?

De la main droite il passa devant son assiette, alla chercher la carafe sur sa gauche et, son immense bras faisant levier, donna toute la puissance possible à la courbe gracieuse qu'il lui imprima pour m'envoyer toute l'eau à travers la gueule. Il reposa posément le récipient de métal, et continua à manger avec sa fourchette tenue de la main gauche, qui n'avait pas même vibré. Un réfectoire complet hurla de rire, me laissant trempé, suffoqué, tentant de sauver mon téléphone portable et mon amour-propre du désastre. Aucune répartie possible.

C'était il y a plus de sept mois. Sept mois que l'ensemble de la compagnie m'a fait changer de surnom, le nouveau cette fois directement issu de mon petit don rédactionnel et surtout de mon arrosage intégral. Sept mois, quatre jours et six heures qu'on m'appelle "Waterman", à vingt minutes près.

Quant à lui, il vient de perdre " l'Albatros ". Depuis le dîner, et pour longtemps je crois, c'est :  " Olé ".

Il m'a distraitement prié de lui envoyer la paella.

 




1 : la touche F7, sur les ordinateurs, est le correcteur orthographique.

2 : tenue MO, tenue de Maintien de l'Ordre.


Par gabian - Recommander - Voir les 6 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 8 juillet 2009
- Publié dans : Moments de solitude

 

- Les gars, l'appel est fini, je sais que ça n'est plus tout à fait de l'officiel mais je trouve qu'il faut en parler. Ahmed a un souci en ce moment. Vas-y Ahmed, explique-nous.

- Voilà, vous savez tous que j'avais quasiment signé le bail avec l'agence, il n'y avait pas de problème : louer à un fonctionnaire de police ça branchait bien les proprios, mais quand c'est un Ahmed qui se présente devant eux…

Ça n'a pas raté, ils ont décidé de ne pas me le louer. Je vais rester chez ma cousine encore un peu mais ça commence à faire long, donc si vous avez un plan logement, je suis preneur. J'en peux plus de faire une heure de trajet tous les matins pour prendre mon service !

 - Tu veux dire que ces connards t'ont refusé le bail juste parce que tu t'appelles Ahmed ? Mais c'est de la discrimination, tu devrais porter plainte ! Tu devrais…

- Écoute, je m'en fous, vraiment, je veux pas perdre de temps avec un procès, je veux juste trouver un appartement, c'est tout.

- Putain c'est dégueulasse, on devrait les traîner au  Tribunal ces enculés ! Refuser un appartement à Ahmed, mais ils sont pas bien ou quoi ?!

- Excuse-moi Roger mais si je me souviens bien, tu as bien acheté un appartement l'an dernier, que tu as mis en location, non ?

- Ben oui, il est loué, je vois pas le rapport.

- Justement, il y a un an, tu n'as pas sélectionné toi-même les candidats à la location ?

- Ben si, et alors ? Quel rapport avec Ahmed ?

- Et alors si je me souviens toujours bien, tu ne nous avais pas fait tout un speech, ici même, sur la famille de bougnoules qui avait osé se présenter chez toi et que tu avais refusée immédiatement ?

- Ben oui, et alors ?

- Et alors  Ahmed, bougnoule, refus de location : tu vois vraiment pas le rapport ?

- Mais Ahmed c'est pas un bougnoule, c'est Ahmed !

 

Par gabian - Recommander - Voir les 12 commentaires - Ecrire un commentaire
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