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1 - NOIR SUR LA VILLE  :

J'ai gagné un concours de nouvelles, et serai édité dans un recueil réunissant jeunes auteurs et écrivains confirmés. Je serai donc à
Noir sur la Ville 2009, à Lamballe, Côtes d'Armor
, les 14 et 15 novembre, pour y signer ledit opus et mes "Chroniques".

 
Pour la 13° édition, les auteurs invités ont dû relever un défi : créer une couverture de polar à partir d'une photo imposée et le chiffre 13. Et un jeu de mots bien pourri, un !

2 - Un nouvel article, sur Le Post.fr


3
- Les ébénistes, c'est pas des branleurs.

Chroniques de mes Chroniques



 







 




 



 

              
    
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Compétence : Faculté nécessaire à l'accomplissement d'une quelconque ambition, aussi petite soit-elle, distinguant les hommes capables de ceux qui sont morts.

Ambrose Bierce, Dictionnaire du diable, 1911

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Mélancolie

Mercredi 21 octobre 2009
- Publié dans : Mélancolie
Suite de aHOUH ! , 1° partie datée du 14 10 2009


Ça risque quand même de coincer si on se fait inviter, et on ne refuse pas une bière offerte par un légionnaire. Sinon, offense, donc bagarre. C'est comme ça.

Ça ne rate pas : on se fait attraper par l'épaule, et direction le comptoir. Tandis qu'on cherche à éviter et la bacchanale et le baston, Maurice lui ne se pose pas de question : bière. La pénombre aidant, on pourra peut-être vider le houblon dans une plante verte avant d'aller vers les tables qui nous tendent les bras, et on tente de faire bonne figure au milieu des phrases d'accueil en un français aussi approximatif que guttural des costauds amis de la Légion.

L'un d'entre eux, le plus âgé du paquet, un sergent me semble-t-il, est descendu de son tabouret et s'est approché de Maurice. Ce dernier, intrigué, le laisse venir, croyant à une deuxième tournée offerte de bon cœur et juste un peu embêté parce qu'il n'a pas encore entamé la première. De crainte de vexer, il assèche son verre plein en trois gorgées. On sent tout de suite la longue pratique.

Mais non, ce n'était pas ça. Le serpatte fixe son placard. Il déchiffre les couleurs, le rang de placement des morceaux de tissu cousus sur la feutrine.  Son regard remonte lentement vers les yeux de Maurice qui, carrément, lui montre son verre vide pour lui signifier l'acquiescement à l'invitation qu'il sent poindre, tout heureux de l'aubaine.

Le sergent semble un peu dépassé par ses propres pensées, mais ça ne dure pas. Il se retourne et, d'un coup de brodequin, atomise le juke-box qui ne lui avait rien fait à part distribuer aux esgourdes alentour son sirop de tubes du moment. Un couic lamentable et plus de son. Les nombreuses tablées se retournent, étonnées : apu, la musique ?

Ses gars sont descendus des tabourets, ont lâché leurs verres et attendent les ordres. Si c'est bagarre, y compris pour un pétage de gueules de gendarmes, ils ont déjà les poings fermés ; si c'est autre chose, ils aviseront.

Du fond de la poitrine du sergent monte un cri bref réverbéré par les arcades du plafond bas, une espèce de petit 'a' suivi d'un grand 'houh' :  aHOUH !, très puissant, incompréhensible. Sauf pour ses gars, qui percutent dans la seconde. Vaguement alignés devant le comptoir, mais au 'garde-à-vous'. Pleins de bière, mais impeccablement immobiles.

Ce soir-là Maurice, notre ancien, notre vieux con, pour la seule fois de sa longue carrière de subalterne, passa la troupe en revue. Une revue lente et timide de tueurs cosmopolites en tenue irréprochable sur la cuite qui pointait, commandés par un bestiau ukrainien qui énuméra dans un français haché la litanie des médailles posées sur sa poitrine. Au fur et à mesure de l'énoncé, les consommateurs alentour quittèrent leur chaise, rectifièrent la position et laissèrent se dérouler la cérémonie impromptue, y acquiesçant par un silence de fer.

Maurice a salué en pleurant, écrasé par l'honneur, main ouverte au droit de son calot luisant usé par le soleil et l'absence d'entretien, l'immense hommage gratuit de ses copains d'un soir.

Tous autant que nous sommes, aujourd'hui séparés par nos carrières, nous savons que notre vieux con est depuis bien longtemps à la retraite, et qu'il a sans doute déposé son placard de médailles au fond d'une cantine bleue, un peu rouillée sur les bords. Le berger, l'ancien de l'Indo, sera à coup sûr enterré avec sur son cercueil drapé de tricolore, un grand coussin rouge supportant ses innombrables décorations, palmes académiques comprises.

Il n'y manquera que la plus belle, qu'il emportera dans la caisse, celle en forme d'abominable cuite qu'auront délivrée à un vieux gendarme, un soir de beuverie, ses quinze admirateurs au plus beau des képis.  

 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 9 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 14 octobre 2009
- Publié dans : Mélancolie


    Maurice parle.

Il parle, et nous les jeunots, la fermons. Il parle car ça lui vient, et il raconte. Cet homme, cet ancien, est un gendarme tout près de la retraite, dont nos collègues quinqua ont dit qu'il fallait l'écouter quand il se mettait à raconter, et que nous comprendrions alors. Que nous comprendrions pourquoi tous, officiers compris, manifestaient une déférence pour le moins étrange envers ce vieux de la vieille mutique, buriné, et con comme une borne kilométrique effacée.

Infoutu de comprendre des ordres simples, incapable d'écrire un rapport sans faire trois fautes par ligne, incapable d'obéir à une consigne autre que "Mets-toi là et ne bouge plus", et recevant de ses supérieurs quasiment des marques de respect, étant épargné de toute corvée par ses égaux, et d'un autre monde pour nous, les minots, les moins de vingt-cinq ans.

Avec en plus interdiction de se foutre de lui. Pas de blague, pas de vanne ciblant Maurice qui serait bien en peine d'y répondre, sinon prise au collet par le premier témoin, et cassage de gueule programmé.

Il parle. La confidence est née d'on ne sait quelle réflexion à propos du placard de médailles géant qu'il arbore de temps à autre sur la chemisette. On se tait, il explique et doucement, lentement, à son rythme et pas au nôtre, on comprend.

- "Cette médaille-là, voyez, je l'ai eue en Indo celle-là, parce que l'autre, c'est la Médaille Militaire, et c'était en Algérie. En Indo, j'y suis allé à dix-huit ans, juste après les classes. Avant j'étais berger, dans la montagne. J'avais appris à lire et à écrire pendant les classes, parce que je m'ennuyais le soir, alors un sergent m'a appris et à la fin je savais pas bien bien, mais j'y arrivais quand même.

Et puis arrivé en Indo, après trois mois de combats, vu que j'avais sauvé un adjudant-chef blessé sous un bombardement de notre artillerie à nous, on m'a récompensé : on m'a donné cette médaille-là, la Croix de la Valeur Militaire, et puis une citation, aussi. Et puis on m'a affecté comme chef de la défense d'un village, tu vois. Et là, on m'a laissé tout seul, et une fois que je m'étais organisé la défense avec les villageois, qu'on avait creusé des pièges, installé des sentinelles, tout ça, j'ai commencé à m'emmerder. Alors comme l'instituteur du village était mort, j'ai appris à écrire le français aux enfants, puisque moi je savais.

Quand ils sont revenus me chercher, au bout de cinq mois, mon officier qui était professeur dans le civil, il m'a dit que j'aurais l'autre médaille, celle-là, et il a tenu parole, tu vois. Je suis devenu le seul homme de troupe, le seul militaire en fait, à porter les Palmes Académiques. Mais c'était il y a longtemps… "

Pour cette fois, on n'en saura pas plus, le regard s'est éteint, la boîte à souvenirs s'est refermée, il faudra attendre la prochaine ouverture.

Ce soir, en déplacement loin de la caserne, et exceptionnellement, sans lui dire expressément pourquoi mais c'est effectivement parce qu'il nous a raconté un peu, on décide de le sortir avec nous. On avait prévu d'aller faire un billard au quartier des sous-officiers de la base aérienne qui nous héberge, autant l'inviter, le Maurice. Avec un peu de chance, il nous racontera aussi son Algérie, le pourquoi de sa Croix de Guerre : on n'est pas loin de vivre Forrest Gump en 3D, avec lui !

La tuile. Une bonne quinzaine de légionnaires sont là, au bar, et pas en très bon état. Ça braille, ça rigole, et on va bien être obligé de passer au milieu du groupe pour accéder aux billards. Il est vrai qu'en tenue, on ne risque rien : les légionnaires nous adorent, habituellement. Mais nous, tout jeunes gendarmes, on fait partie d'un " escadron diabolo-menthe ", très faible moyenne d'âge et très peu d'alcool. Pas spécialement militaires dans l'âme, d'ailleurs ! Jeunes gens certes, mais jeunes militaires ? Oui, statutairement. Sinon, on est beaucoup plus boîte de nuit et jolies filles que récits guerriers et soûleries kaki…






                                                        2° partie à suivre, cliquer ici

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 6 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 30 septembre 2009
- Publié dans : Mélancolie

 

 

Il a juste dit ‘Jo est mort’.  Ils avaient bien vu à sa tête que l’heure n’était pas à la rigolade mais ça, non. Pas Jo. Si, Jo.


Une sortie de route sur le chemin vers la maison, hier soir en sortant du boulot. De ce boulot, de cette brigade J1 dont il est - dont il était - un des membres les plus anciens, sous les ordres de ce brigadier qui n’a pas la force de dire l’accident, le coma, la fin dans la nuit. Il serre bêtement le cahier d’appel dans ses grosses mains, et Jo est mort.


Les gars, la fille sont là mais ailleurs. Leur Jo. Un bon flicard, le bon pote par définition, et surtout le type ayant accumulé le plus de retards de tout le département. Impossible de le faire arriver à l’heure, une catastrophe ambulante ! Son réveil qui ne sonnait pas, qui se déréglait, sa femme qui avait, son fils qui, sa moto que, tout et n’importe quoi mais pas à l’heure.


Ça fait deux minutes qu’ils se taisent, deux minutes qu’il n’y a rien à faire, que la rue dehors, que le monde a changé, que Jo n'y figure plus. Les mauvais cafés refroidissent dans les verres moches. Les visages ont rougi, seule la belle Fanny pleure doucement. Les missions ne sont pas distribuées par le gradé, on attend on ne sait quoi, peut-être l’arrivée de Jo, en retard ?


- Putain, cette fois il pourra même pas dégonfler un carter !


L’évocation les fait sourire. Il y a deux ans maintenant, il était entré dans cette même salle essoufflé, débraillé, tellement en retard qu’il s’était mélangé les crayons entre deux excuses bidon, ce qui avait donné un ‘Désolé, mon carter  a crevé’ du plus bel effet, qui avait fait rire la brigade pendant des jours.


La lettre canular envoyée au service auto, en son nom, pour leur proposer un brevet de rustine à carter révolutionnaire, avait participé à la légende. Fanny a relevé la tête, elle sourit dans ses larmes.


D’ailleurs ils s’en souviennent, de ses excuses en bois d’arbre, qui ressortent maintenant en vrac au-dessus de la table : " Et la fois où il nous a assuré que sa belle-mère lui avait caché son rasoir dans une crise d’Alzheimer ! ". Sa belle-maman, brave femme en pleine santé, habitant à cinq cents kilomètres de chez lui !  Ah oui, celle-là, il fallait oser !


- Et le diplôme ? 

Ah oui, un jour qu’il était là dès le début de l’appel, le Commissaire descendu tout exprès lui avait remis en grande pompe un certificat signé de sa main, avec tous les tampons officiels, assurant qu’il était bien arrivé à l’heure ce jour et qu’une cérémonie commémorative aurait lieu bientôt, on ne savait quand, un matin ou un soir peut-être, mais obligatoirement en retard.


Ils s’en souviennent si bien qu'enfin ils rient, rient de Jo, leur Jo des familles. Même Christophe, son acolyte, son binôme de toujours rit, rit trop fort, à hurler, rit à pleurer, mord son poing au souvenir des ahurissantes excuses toujours renouvelées : les embouteillages fantômes, le rasoir électrique en panne, le mode d’emploi mal traduit du réveil importé, la clé cassée dans le cadenas de la moto, le somnifère mal dosé par le médecin, il leur avait tout fait !


Fanny renifle, riant en larmes et tapant du plat de la main sur la table, faisant vibrer les verres de café même pas entamés. Christophe pleure maintenant la tête entre les genoux, encore et encore, de rire pour sûr, et les autres étouffent leurs quintes, leurs hoquets, le nez, les yeux dans les mouchoirs.


Antoine, leur stagiaire, entre - en retard. Sur le seuil, il finit de boucler son ceinturon, ajuste son arme, sourit à l’hilarité générale et leur dit que c’est bon, la moto de Jo n’est même pas dans la cour, ça veut dire que lui n’est pas vraiment en retard.


Fanny se lève, va à lui et l’enlace, l’enlace très fort. Les seins, les jolis seins lourds de leur intouchable Fanny sont plaqués, chauds et doux contre lui et Antoine en reste bouche bée, ne sachant que faire de ses bras.


Elle lève son minois et, bravant les rires trempés et finissants de l’équipe, murmure entre deux rigoles dégueulasses de mascara que non, Jo n’est pas en retard, tu vois, pas cette fois, pour une fois il est en avance sur tout le monde et c’est pas drôle, petit Antoine, c'est pour ça qu'il faut rire et c’est pas drôle du tout.

 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
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