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POLICE - HISTOIRES
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J'avais passé mon après-midi de repos à régler un de ces horripilants problèmes de scribouillard pas maniaque mais perfectionniste, nuance. Mon texte me causait quelques soucis de rythme, de construction, bref, de la cuisine écrivailleuse. Ah oui, pardon, pour un texte seulement, je vais vous parler de ma vie d'auteur, et non de flic. Je reprends.
J'avais retrouvé une anecdote policière réelle qui, à l'habitude, servait de base à une nouvelle, et j'avais presque réussi à tout mettre en forme, presque. Ne supportant pas l'à-peu-près, j'avais tout repris à zéro, tout chamboulé, tout modifié, ce plusieurs fois jusqu'à ce que la chute tombe bien à sa place, cassant le tempo que j'avais instauré pour la prise à la gorge finale du lecteur consentant. Tout content, le Serge.
C'est donc investi de cette fierté particulière du travail bien fini que j'investis ma cuisine. Une heure et demie d'affilée à étaler de la pâte sur des crêpières brûlantes en vue du repas du soir, comparé à mes laborieuses approximations successives pour arriver à un texte satisfaisant, pour sûr ça allait me détendre.
Je jonglai donc entre galettes et crêpes jusqu'à l'arrivée des invités dont Amandine, ma copine préférée : la femme la plus calme que cette Terre ait portée, la douceur en personne, une vraie gentille, sensible, douce, la maman la plus patiente du monde d'un bout de chou survitaminé, l'épouse aimante d'un odieux individu qui rit aux mêmes horreurs que moi, un ami donc ; et elle, jamais fâchée, toujours posée, jamais un mot plus haut que l'autre, adorant sans malice les enfants, les noir et blanc de Soulages, les couleurs de la langue provençale, la marche lente dans les parcs et sous-bois, et les bêtes surtout, toutes les bêtes, l'escargot baveux, l'éléphant goinfre, le cloporte crasseux mais c'est pas sa faute, et la chauve-souris parfois vecteur de la rage mais aveugle pauvre petit animal, du protozoaire à la baleine bleue, toutes, elle les aime toutes - bref, une amie.
Me sachant préoccupé par mes essais d'écriture, elle me demanda dès son arrivée si je m'en sortais. Tout faraud, moi :
- « Oh oui, ça se passe bien, merci. Cet après-midi, j'écrivais un truc qui m'est arrivé il y a deux trois ans, et je devais faire crever un caniche : ça m'a pris du temps, mais j'ai réussi à lui tirer une balle dans la poitrine juste à la fin. »
J'ai fait pleurer mon Amandine.
Vrai flic et vrai auteur : un vrai con.