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POLICE - HISTOIRES
Sous les PV, la page !
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Six heures du mat', pas un frisson, l'officier de la PJ frappe à la porte, le type lui ouvre rapidement.
- Monsieur V… ? Police Nationale, perquisition de votre domicile, veuillez nous laisser entrer.
La vision de nous cinq, casqués, caparaçonnés et main sur la crosse derrière l'officier en civil si poli, fait son trajet de l'iris au cerveau.
- Euh, oui, vous allez entrer…
L'officier entre, poussant l'effet de surprise, un pied dans le couloir de l'appartement. Mais monsieur V… a franchi une étape dans son processus d’éveil :
- Vous n'entrez pas comme ça chez moi ! Et puis d'abord, vous avez un mandat ?
L'enquêteur glisse sa main dans sa poche de veston, en sort un feuillet plié en trois, et le lui remet. Ce coup-ci, ce sont les casqués qui ont un temps de retard. Un mandat de perquisition ?
On la refait doucement : le perquisitionné est rassuré d’avoir un mandat en main, et nous, les flics, sommes effarés pour la même raison. On va comprendre, à un moment, c’est obligé.
Le type avec son papier plié dans la main, suit l'Officier de Police Judiciaire et son adjoint, qui commencent la perquisition sans perdre une seconde. Nous, les casqués, sécurisons l'appartement, bloquons la porte de sortie, et l'homme désigné par le brigadier s'attache aux basques du perquisitionné si attaché à ses droits fondamentaux. Il n'empêche, l’officier lui a donné son mandat de perquisition, comme ça, juste parce que le type le lui a demandé ?
Durant tout le processus, il garde à la main son document, qu'il ne lit même pas tellement il est accaparé par les questions de l'officier, qui découvre sous son matelas, dans des tiroirs, collés sous des étagères des carnets de notes, des relevés de comptes, des téléphones portables en pagaille et qui acte, acte1, acte à mesure.
A sept heures et demie, c'est plié. On embarque le cher monsieur V…, ses livres occultes et l'objet de ses recels divers hors ses murs, et l'officier reprend des mains de l’interpellé le mandat, que ce dernier n'a toujours pas ouvert, d'ailleurs.
Entre le moment de la perquise et celui de l'interrogatoire existe une fenêtre, un moment de calme pendant lequel les questions sont possibles. Nous n'en avons qu'une, mais gratinée.
- Ah, le mandat de perquisition ? Ça fait vingt ans qu'on m'en demande un à chaque perquise. Et depuis vingt ans, j'explique que ça n'existe pas, qu’en France ça n'a jamais existé à part dans les séries américaines. Et personne ne me croit jamais.
Alors depuis l'année dernière, chaque fois qu'on m'en demande un, je le donne. C'est un vrai, attention ! Un mandat américain délivré par un juge New-yorkais, vieux de dix ans, à propos d’une affaire dont j’ai même pas idée, je parle pas anglais. Il a demandé un mandat ? Ben voilà, il en a un, il est content. Et si jamais il le lit, je lui explique. Jusqu’à aujourd'hui, je me suis épargné une explication sur deux, c'est toujours ça de pris.
En France, la règle impose qu’on dise au Juge : Monsieur le Président. Celui qui ne s'est jamais fait appeler "Votre Honneur", comme dans une série américaine, lui jettera la première pierre.
1 Acter : rédiger un PV, c’est-à-dire rendre ses notes officielles et en faire un acte de justice.
PS : Le titre de la chronique est une réplique très courante dans les tribunaux. Les tribunaux américains.
Cette histoire figure en page 91 de "Bonne nouvelle, c'est la Police !",
Serge REYNAUD, François Bourin Editeur, 2011.
Bonjour,
un perquisitionné n'a donc aucun moyen de savoir si la perquisition en cours est autorisée ?
Si la personne refuse de laisser entrer les policiers, ils repartent gentiment ?
Merci d'avance
@
Antoine : Non. Aux deux questions.
Je fais valoir mon droit de commenter en vertu du premier amendement. Ne viole pas mes droits constitutionnels, monsieur le shérif du comté.
@ Requiem29 : Au nom du respect du code de procédure criminelle de l'état de l'Idaho et de la déférence due aux minorités peu visibles, native americans, afro-américains, irlando-américains et Celtes non-américains y compris, je vous autorise à commenter ici. Mais n'en abusez pas, on n'est pas un pays de tarlouzes socialo-communistes, ici !