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POLICE - HISTOIRES
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Avis aux lecteurs : texte en deux parties.
Le périmètre de sécurité est établi depuis cinq bonnes minutes maintenant, et ce hall d'Orly est enfin vidé de ses voyageurs.
Une ligne de ruban police nous aide bien, le symbole est assez puissant en ces temps d'attentats pour inciter nos concitoyens à l'obéissance civique sans séance obligée de râlage franchouillard.
Les gens voient le ruban bicolore, jettent un œil au centre de la zone, avisent le paquet abandonné et comprennent qu'il vaut mieux rester au loin. Ils le comprennent d'autant mieux qu'un démineur s'approche avec précaution d'un bagage isolé, dans sa tenue blindée de cosmonaute lourdaud.
Quelques paroles simples, énoncées d'un ton calme, et la foule recule encore, silencieuse mais curieuse quand même. Le démineur s'approche de l'énorme sac aux couleurs d'un célèbre magasin à petits prix de la capitale, du genre qu'on retrouve dans toutes les soutes d'avion à destination de l'Afrique.
Sans doute des kilos de vêtements et d'articles de bazar, comprimés dans ce ballot entouré de ruban adhésif large, mais qui peut être sûr ? Le propriétaire ne s'est pas présenté suite à nos appels, alors dans le doute on a appelé les démineurs, qui vont juger de la conduite à tenir.
Dans un silence de cathédrale désertée, le démineur poursuit son approche pataude. La foule obéit aux injonctions posées des flics, et recule encore d'un bon mètre.
Je me retourne vers le collègue artificier et vois, sans y croire moi-même, une femme, la cinquantaine trapue, soulever le ruban de protection et entrer dans le périmètre. Elle n'a pas compris ! Elle a vu les comptoirs d'enregistrement sans file d'attente et profite de l'aubaine.
L'artificier lui est caché par le pilier central ; elle s'approche de lui et du paquet suspect d'un bon pas, les collègues sont tournés vers la foule donc ne la voient pas, je suis seul, je dois, je dois, et l'adrénaline tout en puissance impromptue pousse mes cordes vocales dans leurs retranchements.
- MADAME !!!!!
Mon cri, à me défoncer l'arrière-gorge, est parti avant même que je puisse le penser. Il se réverbère dans le hall et fige ladite dame, le public, mes collègues et même l'artificier, qui stoppe net sa progression.
Je pointe la fautive du doigt et, accompagnant mon beuglement d'un geste du bras sans réplique :
- DEMI-TOUR !!!!!
Elle en tremble, je le vois d'ici. Elle recule sur un mètre, comme repoussée par un soudain mistral, puis lâche ses bagages sur place, et enfin fait demi-tour pour littéralement s'enfuir du périmètre en courant.
Le public retient son souffle, tandis que le cosmonaute au centre reprend son boulot, pinces en main.
On verra plus tard pour les excuses. Pour l'instant, personne ne s'approche, et on me laisse retomber en pression.
Une minute entière de calme absolu recouvre Orly.
Autant l'acoustique de ce gigantesque hall a décuplé mes décibels, autant le silence semble maintenant se réverbérer en ondes ouatinées sur les piliers et les vitres. Le silence se poursuit, à peine écorché par les coups de ciseaux précautionneux du démineur dans le sac plastique.
Le sac est maintenant éventré, le démineur lève les bras, retire son casque et nous fait signe que c'était une fausse alerte.
L'aéroport souffle un grand coup, les passagers se ruent sur les comptoirs, tout va bien. Moi aussi.
Mon jeune officier, un lieutenant sortant à peine de son école de police, vient me voir :
- Bien vu, le coup du demi-tour, très efficace ! Mais dites donc, vous étiez vraiment obligé de gueuler comme ça ?
- Euh, non Lieutenant, mais j'ai pas réfléchi, c'est parti tout seul, je suis désolé.
à suivre, 2° épisode le 18 février
Texte extrait des Chroniques de la main courante, Bourin Editeur