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Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 04:11
- Publié dans : Divers et variés

 

À Thierry, culturiste dopé à l'eau claire, à l'épouvantable accent des Vosges ou du Haut-Doubs  je ne sais plus mais pour sûr épouvantable, qui m'a patiemment appris à ne plus avoir peur au volant d'un car.

À François, boxeur d'extrême droite assez intelligent pour de temps à autre s'arrêter de foncer et m'écouter dérouler mon cours de procédure pénale, pour en retour m'apprendre à progresser en zone dangereuse.

À Yannick, toi qui m'a enseigné ces foutus radars routiers, au maniement pourtant pas si compliqué mais que je ne comprenais décidément pas, avant que tu te poses et m'expliques, tranquille.

Au commandant V. dont j'ai oublié le prénom, va savoir comment fonctionne cette mémoire, qui en  riant de mes foucades et me prouvant que je pouvais avoir tort, m'a montré ce qu'est un chef, un vrai.

"Toi, t'es vraiment trop con." Facile à dire, ça. D'ailleurs, vous me l'avez dit. Et vous, tous, chacun à votre façon, vous avez poursuivi la phrase avec des actes : vous m'avez appris. À me sentir l'âme négociatrice devant un type ivre mort alors que je ne voulais que l'atomiser. À ne pas trébucher sur un problème de droit insurmontable quand tu cours derrière un vrai méchant (j'ai le droit de tirer, là ? de cogner ? Non ? Oui ? Putain j'ai plus de souffle ! Alors ? Oui ? Non ?). Tous autant que vous êtes, les vivants comme les autres, qui me lirez ou non, apprenez, oui, apprenez que parfois je pense à vous.

Vous ne serez jamais des vieux cons. Jamais.

Vous étiez, vous êtes des anciens.

Pas parce que vous aviez plus de temps de service que moi, surtout pas. C'est à la portée de n'importe qui : il suffit de naître avant, quel exploit. Non, vous aviez vos défauts mais aussi cette forme de pédagogie sincère qui me serre aujourd'hui la gorge, trop tard.

Je n'irai pas sur vos tombes, comme je n'ai pas assisté à votre pot de départ.  Je méprise la nostalgie, je ne pleure pas, on est des mecs. Même toi, V., gardienne de la paix qui m'a appris à me calmer, parfaitement, on est des mecs.

Je suis entré dans les forces de l’ordre il y a trente ans. Si vous saviez le nombre de gens que j’ai méprisés, que je méprise toujours, dans ce boulot. Supérieurs insensibles ou incompétents, collègues dont le seul titre de gloire est de partir en vacances à l'heure ou d'être entré à l'école de police avant son voisin, petits escrocs du service public, fonctionnaires petits dans leur tête, besogneux du syndicalisme carriériste, aigris par vocation et j'en passe, ces gens existent, oui.

Mais vous, vous tous et chacun avez sauvé, sauvez encore l'image de ma police.

Mort aux vieux cons. Longue vie, les anciens.

 

Par Serge REYNAUD - 0 blâmes et féloches
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