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1 - NOIR SUR LA VILLE  :

J'ai gagné un concours de nouvelles, et serai édité dans un recueil réunissant jeunes auteurs et écrivains confirmés. Je serai donc à
Noir sur la Ville 2009, à Lamballe, Côtes d'Armor
, les 14 et 15 novembre, pour y signer ledit opus et mes "Chroniques".

 
Pour la 13° édition, les auteurs invités ont dû relever un défi : créer une couverture de polar à partir d'une photo imposée et le chiffre 13. Et un jeu de mots bien pourri, un !

2 - Un nouvel article, sur Le Post.fr


3
- Les ébénistes, c'est pas des branleurs.

Chroniques de mes Chroniques



 







 




 



 

              
    
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Compétence : Faculté nécessaire à l'accomplissement d'une quelconque ambition, aussi petite soit-elle, distinguant les hommes capables de ceux qui sont morts.

Ambrose Bierce, Dictionnaire du diable, 1911

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Mercredi 3 juin 2009
- Publié dans : Sur la route

 

La nuit présente son aspect le plus creux à trois heures. L'instant est concave, il ne se passe jamais rien, à trois heures. Les minutes durent le temps qu'elles veulent, la nuit assomme la Terre et les rares veilleurs qui la parcourent ; c'est le moment le plus calme, le moment qui n'a rien à dire, nulle part.

Certes, on est les rois du monde. Aucune hiérarchie dans les bureaux, aucun message radio, très peu de flics dehors et aucune tâche indue : la ville est à nous. Le problème, c'est qu'elle est vraiment à nous. Il n'y a personne d'autre.

Le moindre véhicule circulant dans nos rues devient un sujet de contrôle potentiel, et il est vrai qu'on en regarde les chauffeurs avec attention. Sait-on jamais, pour peu qu'un demeuré recherché se croie plus en sécurité à circuler de nuit tout seul au milieu de rien plutôt qu'en plein jour, anonyme au milieu des fourmis…

En contrebas sur le petit périphérique à quatre voies, nous avisons un accident dont s'occupent les collègues de la tenue. Un véhicule sur le toit au milieu de la chaussée, le véhicule de police garé à contresens tous feux allumés, gyrophares bleus et orange en fonction.

Ça n'est pas notre problème. Certes. Mais ils ne sont que deux, on pourrait peut-être leur donner la main. Et je les connais bien, ils font partie de mon ancienne brigade. Mon gradé n'a pas l'air franchement emballé par mon initiative mais hein, si tu veux aller où tu veux, tu n'as qu'à prendre le volant… Je descends sur l'accident, pour voir. Pour passer le temps aussi.

Ils nous renseignent rapidement, rien pour nous a priori, l'affaire est claire : le type a un peu bu, il a tapé contre la barrière de sécurité, la voiture s'est retournée ; il n'a rien, c'est du lourd à traiter en termes de procédure mais ça n'offre pas de développement pénal. Nous, c'est le flag, le saute-dessus, l'arrestation rapide et carrée, pas ce genre de routine qu'on a quittée sans regret. Mais bon, on n'a rien d'autre à faire, on peut aider un peu.

Au loin s'annonce un véhicule, roulant bien vite pour l'heure, pleins phares, en direction des feux de la PS1. Et ça ne ralentit pas. Du tout.

Il y a une distance au-delà de laquelle il n'est même plus utile d'appuyer sur le frein, l'accident aura lieu. Le conducteur cette fois la franchit sans même l'évoquer, pas une hésitation, pas un coup de volant, rectiligne, la voiture des collègues ne fait même pas obstacle, elle fait cible. À peine le temps de hurler de faire gaffe, et la nuit change d'éclairage.

Plein fer, pleine cible, et dans le rond central encore, celui à cinquante points, dans un bruit de ferraille fracassée et de plastiques broyés. La rampe de gyrophares s'arrache et va finir sa vie sur le bas-côté tandis que la voiture qui la supportait produit un gros soupir de vapeur, s'affaissant tel un éléphant ayant pris une dum-dum en plein front.

La demi-seconde qui suit sera considérée comme perdue pour l'éternité. La voiture sérigraphiée des collègues est HS2, pas de problème de diagnostic. Celle qui l'a visée et touchée ne vaut pas mieux. Collègues blessés ? Non, tout le monde est là.

Et ça démarre, à fond, sans échauffement. Les bleus se dirigent vers leur voiture pour la sécuriser, nous fonçons vers l'autre pour comprendre. À l'arrière de celle-ci, un type et une toute jeune fille, conscients. La petite est silencieuse, les yeux grands ouverts, et ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Le type par contre, se penche entre les sièges vers la conductrice et répète en boucle : " Mais chérie, qu'est ce qui t'a pris ? Mais qu'est ce qui t'a pris ? "

Les collègues lui intiment l'ordre de leur ouvrir la portière. Rien à faire, il est en mode répétition, choqué, il n'entend rien. Ils tirent sur les poignées, donnent des coups de pied, tout est scellé, rien à en tirer.

Tandis que tout le monde s'affaire, le veilleur de nuit de l'usine proche est sorti de sa bulle, un monsieur vraiment âgé pour son uniforme neuf, et tourne autour de l'accident en ne sachant quelle posture adopter.

Je me suis positionné à l'avant du véhicule, pour essayer de secourir la conductrice : sa portière aussi ne répond plus. Je m'acharne sur la tôle, tandis qu'un collègue quitte la scène à toutes jambes. Je finis par imiter mon pote intervenant à l'arrière : je sors ma matraque télescopique et je fracasse la vitre, pas le temps de peaufiner, la dame semble salement amochée.

Sous les yeux de plus en plus arrondis du veilleur de nuit, mon collègue revient et plonge ses mains prolongées de l'extincteur dans le pli du capot soulevé par le choc, il y pulvérise la poudre blanche, annihilant le début de fumée qui commençait à poindre.

Le type à l'arrière est en état de choc, il n'est capable que de répéter en boucle ses " Mais qu'est ce qui t'a pris " à la conductrice. Un compte rendu rapide des collègues m'apprend que les passagers arrière, un père et sa fille, ont chacun une jambe brisée : ils s'en occupent.

Je reste seul avec la conductrice, la maman sans doute. Elle a dû s'endormir, d'où l'accident. Elle ne portait pas sa ceinture de sécurité. Elle est écroulée sur son volant, respire difficilement. Je dois faire un bilan avant de tenter quoi que ce soit. Je me calme, d'abord. Le sang qui recouvre sa face ne doit pas m'impressionner, elle a eu les arcades ouvertes par le choc, ça a beaucoup saigné mais c'est sans gravité.  

 

[...]

La suite dans mon deuxième livre, à paraître.

 

1 La PS : la voiture Police Secours 
2 HS : Hors Service. En gros, foutue.

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