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POLICE - HISTOIRES
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Mon équipage est en patrouille pédestre dans une cité qu'on peut qualifier de chaude. En ce moment, bouillante, même. Nous devons nous montrer près de l'école aux heures d'entrée et de sortie pour calmer les automobilistes toujours pressés dans le quartier, et surtout dissuader les dealers de faire leur petit trafic au vu des enfants.
Nous devons montrer aux parents qu'eux aussi ont droit à la protection de leur police, une mission de prévention type donc équipement classique, pas de casque au côté, pas de gilet tactique, tout va bien : c'est le message.
Nous avons le même boulot que nos collègues locaux, mais avec le bénéfice du nombre (nous sommes cinq) et du provisoire. Deux à trois semaines ici, on applique fermement la loi, et on repart : nous pouvons nous permettre à bon compte la rigueur sans avoir à en gérer les suites.
Les minots de la maternelle proche ralentissent pour voir la 'poulice', les mamans les traînent vers le portail d'entrée, ça va sonner, c'est l'heure.
Une mamma africaine et ses deux petiots s'arrêtent près de notre groupe, nous leur sourions, bonjour madame, et c'est le signal : elle vient nous parler, elle veut savoir ce qu'on fait là - l'Afrique qui ne s'embarrasse point de salamalecs de cocktail ; elle sourit et veut parler, contacter, comprendre.
Quelques parents sont d'un seul coup moins pressés et un petit groupe se forme, curieux, sur notre bout de trottoir.
Pendant qu'on explique à maman les raisons de notre présence si voyante (le préfet a décidé entre autres que les voitures devaient cesser de brûler, on arrête de jouer), un des enfants s'approche de moi et veut voir mon insigne. Visiblement, il tente de déchiffrer le sigle. Je m'accroupis, lui souris.
- Tu sais lire, à ton âge ?
Lui, sérieux et concentré :
- Non, mais je sais des lettres.
Il m'observe attentivement, je peux même dire qu'il m'étudie. Il a quoi, quatre, cinq ans ?
Il revient à mon insigne, semble très intéressé, puis approche sa main de mon tonfa, le palpe, ânonne silencieusement ces trois fichues lettres capitales…
Et c'est l'illumination, qui déclenche les rires de tous les témoins, maman et policiers compris, la joie enfantine, sans calcul, le bonheur de comprendre, le cri du cœur :
- Je sais ! Mon grand frère il m'a dit : t'es comme la vraie police, mais toi t'as le droit de taper ! C'est marqué : C.R.S. !