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Mercredi 6 mai 3 06 /05 /Mai 08:01
- Publié dans : Mélancolie

ATTENTION :TEXTE INCOMPLET 

    Dans mon 4X4 siglé EUPM, je grognais. Il pleuvait depuis des jours sur cet interminable automne et je conduisais un véhicule à roues motrices à l’arrière ; je n’aimais pas ça, je manquais de pratique, ça glissait toujours un peu dans les virages, et les Balkans ça tourne vire épingle, à tout bout de champ.

En plus il pleuvait, faisait froid, j’étais loin de chez moi, de ma femme, seul dans ce pays dont je ne maîtrisais pas la langue. Je devais m’y battre tous les jours contre l’inertie dont faisaient preuve les policiers que j’étais censé conseiller, et contre les militaires de l’OTAN, qui me prenaient pour un civil donc quantité négligeable.

Je revenais d’une énième réunion, d’un énième meeting à Sarajevo avec cette fois des parachutistes italiens et deux policiers allemands. Plus des élus locaux qui avaient fait semblant de nous écouter et n’avaient en réalité qu’une envie : s’en mettre plein les poches en attendant d’éventrer ceux d’en face lors de la prochaine guerre programmée dans leurs yeux, dans leurs tripes et dans leur histoire nationale ; ces types se foutaient de nous, les policiers de l’European Union Police Mission.

Alors je grommelais à loisir, seul dans mon 4X4, au milieu des gerbes d’eau qu’évacuaient les gros pneus, dans les chuintements et clapotis de la saucée.

J'aperçus à ma gauche, au milieu d’un champ boueux, une étrange silhouette. Sous la pluie ? Avec ce chapeau énorme ? Non, pas un chapeau, un tas de fagots, posé directement sur sa tête. Et puis d’abord qui peut sortir sous la pluie pour ramasser du bois mort ?

Une vieille ! Je la distinguais mieux maintenant, c’était une vieille dame, plus tordue que pliée sous le poids du bois détrempé, attifée d’une moche blouse en nylon bleu triste à petites fleurs criardes. Elle marchait lourdement, décollant lentement ses pieds de la glèbe, pas trop, juste ce qu’il fallait pour laisser l’effort de la seconde jambe prendre le laborieux relais, ses bottes de caoutchouc vert alourdies et souillées jusqu’en haut de glaise boueuse.

Voilà, je l'avais dépassée, une vision de trois secondes et la vieille n’était plus là.

[...]

La suite dans :

CHRONIQUES DE LA MAIN COURANTE, 
de Serge REYNAUD, Bourin Éditeur, 2009.

 

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