1 - Au fait, les pingouins, ça vole
?
2 - Tu as fait un peu de boxe, et tu crois savoir sauter à la corde. Et puis tu tombes sur ce
truc...
" À Dieu ne plaise que je veuille fermer les oreilles à la voix du nécessiteux. Je sais m'attendrir sur les malheurs des autres : mais, dans ce siècle de philanthropie, nous avons trop déclamé contre la fortune. Les pauvres, dans les États, sont infiniment plus dangereux que les riches, et souvent valent moins qu'eux. "
François-René de CHATEAUBRIAND, Essai
historique sur les révolutions, 1797.
Dictonnaire de la bêtise et des erreurs de
jugement, réédition 1991, Bechtel et Carrière, Bouquins.
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- Comment, jeune homme, vous dîtes ? J’ai bien entendu ? La dépression nerveuse, c’est un truc de gonzesse ? C’est bien ce que vous
avez dit à votre voisin de table ?
Écoutez-moi bien, élève gendarme mal dégrossi : avez-vous déjà eu des épreuves dans la vie ? Un divorce difficile ? Un deuil insurmontable ? Non, n’est-ce pas ?
Fermez-la. N'expliquez rien, je ne veux pas vous entendre.
Non, jeunot, la dépression n’est pas un truc de gonzesse. C’est une horreur, et ça peut arriver à tout le monde, y compris à vous-même, oui, à vous, jeune coq présomptueux. Je vais vous raconter une anecdote, une vraie ; taisez-vous vous dis-je, écoutez.
Il y a trois ans, un lieutenant motard que je croyais bien connaître est intervenu avec deux sous-officiers sur un accident de la route, en Bourgogne. Une voiture qui avait pris l’autoroute à contresens en pleine nuit, dans le brouillard, un choc frontal s’en est suivi avec un camion lancé à pleine vitesse.
L’officier est descendu de moto au plus près de la carcasse de la voiture. Les occupants, un jeune couple, étaient en sang, la femme était morte mais le chauffeur respirait encore, très mal, avec un bruit d'animal saigné, de gargouille qui montait des poumons. Sans véritable espoir, il a retiré son casque et il s’est penché dans l’habitacle pour agir, tenter quelque chose en attendant les pompiers.
Il a vu qu’aucun des deux ne portait sa ceinture, la passagère avait eu le crâne ouvert en deux par le choc. Quant au mari, il avait le torse écrasé sur son volant, les deux jambes cassées et du sang plein la face. Vous entendez, jeune idiot ? Les deux jambes pétées, la tronche pleine de sang, et sa femme le front éclaté jusqu’au nez qui laissait fuir son cerveau.
Le mari a voulu parler, en crachant des bulles roses et des dents cassées, il a dit quelque chose mais on ne comprenait rien. Il a voulu répéter et puis il est mort, comme ça, en bavant sur son menton, les yeux écarquillés sur le visage de sa femme ouvert en deux.
Les secours arrivaient, le médecin du SMUR a confirmé le décès des deux accidentés, et les motards ont fini de délimiter le périmètre d’accident.
L’équipe a commencé le constat, il fallait bien. Seulement, un des militaires a crié, appelant son officier pour qu'il le rejoigne vite, à trente mètres devant l'accident, entre les barrières de sécurité. Et il y est allé. Et il a vu.
[...]
La suite dans :
CHRONIQUES DE LA MAIN COURANTE,
de Serge REYNAUD, Bourin Éditeur, 2009.
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