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2 - Tu as fait un peu de boxe, et tu crois savoir sauter à la corde. Et puis tu tombes sur ce truc...

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" À Dieu ne plaise que je veuille fermer les oreilles à la voix du nécessiteux. Je sais m'attendrir sur les malheurs des autres : mais, dans ce siècle de philanthropie, nous avons trop déclamé contre la fortune. Les pauvres, dans les États, sont infiniment plus dangereux que les riches, et souvent valent moins qu'eux. "

François-René de CHATEAUBRIAND, Essai historique sur les révolutions, 1797.
Dictonnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, réédition 1991, Bechtel et Carrière, Bouquins.

 

 

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Mercredi 20 août 2008
- Publié dans : Moments de solitude


Une ‘Orange’ ! Je ne savais pas que ce modèle existait encore ! C’est gros, c’est bruyant, ça roule au mélange, un modèle archaïque d’une marque française aujourd’hui disparue mais il faut croire que c’est du solide. Ils avaient deux modèles phare, la 'Bleue' et celle-ci, la ‘Orange’. Ça doit faire vingt ans que je n’en ai pas vu sur la route, et aujourd’hui c'est en usant de ce deux-roues antédiluvien que la vieille s’est vautrée.

Les pompiers ont eu cette fois la gentillesse de tout laisser en place pour notre constat. Ils ont emballé le cadavre de la dame puis l’ont chargé dans leur ambulance, et maintenant ils nous attendent avant de nettoyer les lieux. Les témoins, encore sous le choc, plus les traces au sol nous racontent le drame routier du jour. Pourquoi routier ? Le drame.

Mamie avait sorti sa 'Orange', elle habite à deux pas, et se rendait sans doute à l’épicerie : il y avait un cabas sur le porte-bagages. Aujourd’hui elle n’avait pas mis son casque, va comprendre. À cet endroit, en côte, avec son engin fumant, impossible pour elle de dépasser les 40 Km/h.

Sa roue avant a glissé sur la petite flaque de gas-oil sur le bord, elle a heurté la bordure de trottoir, ce qui l’a déséquilibrée. Elle a même posé un pied au sol avant de lâcher son engin, de basculer et de se prendre le mur de la propriété en pleine tête.

Quelques centimètres avant ou après, et elle aurait écopé d’une belle balafre, quelques éraflures, peut-être le nez cassé, voire un traumatisme crânien. Là, juste là, rien de tel. Elle a cogné dans le seul angle sur cinq cents mètres linéaires, pile à l’endroit où les murs de deux propriétés se rejoignent pour un décrochement de quelques centimètres. Elle a tapé avec le haut du crâne juste sur l’angle droit du mur, angle qui lui a proprement ouvert la tête en deux, comme une machette éclate une calebasse.

Des morceaux de cervelle et de la matière grise maculent le mur et le trottoir, au milieu d’une flaque de sang qui coagule sous la chaleur de juillet, répugnantes traces d’une malchance insigne, impitoyable.

Nous prenons les photos, les mesures, appelons le garage pour embarquer la vieille Orange. Routine stabilisante, antidote efficace aux larmes qui pourraient monter, à l'écoeurement qui pointe, au vomissement qui pousse. Nous nous y accrochons et cette fois encore, ça marche. Limite limite, mais ça marche.

Les pompiers enfin sortent une lance et arrosent copieusement le site, évacuant les caillots, les bouts de cervelle, le gas-oil, immondes reliefs embarqués sur un ruisseau rosé et glaireux dans un caniveau ordinaire.

Sur le chemin matinal des courses quotidiennes, poireaux pour elle et mou pour ses chats, des morceaux d'elle ont fini en gargouillis saumâtre dans le tout-à-l'égout. Pauvre vieille, vraiment, dont il nous faut maintenant traduire les derniers instants en cotes, traces, photos, dossier et croquis paraphés.

Nous faisons retour au service pour y procéder, quand la radio nous appelle pour un constat de cambriolage. Sans urgence, ce constat, mais la procédure d'accident attendra, occupons-nous encore une fois de locataires effondrés par l'événement, occupons-nous des vivants. On croit que la vie reprend, et elle ne fait que continuer.

[...]

La suite dans :

CHRONIQUES DE LA MAIN COURANTE, 
de Serge REYNAUD, Bourin Éditeur, 2009.

 

 

1 la boîte : l’administration Police

 
Par gabian - Recommander - Voir les 12 commentaires - Ecrire un commentaire
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