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POLICE - HISTOIRES
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Texte extrait de "Chroniques de la main courante". En vente partout. C'est Noël. Je dis ça, je dis
rien.
- Arrête le moteur, je te dis que j’entends des coups de feu.
Il arrête le moteur, pas contrariant, et en effet ce sont bien des coups de feu - un toutes les trois secondes, qui semblent provenir de la carrière proche.
Ils descendent du véhicule, s’approchent du virage en épingle, se penchent pour voir en contrebas. Un jeune gars, seul.
Assis au milieu de la carrière, une arme à la main, il positionne des canettes de bière vides sur un muret et vient se rasseoir sur son pack de 24. Il recharge tranquillement le pistolet et se remet à tirer, bras tendu, très régulièrement, sans beaucoup toucher les canettes vides, d’ailleurs.
- Bon. Ça m'a tout l’air d’un pochetron qui s’occupe. On va voir ça.
Ils descendent à pied le chemin qui conduit jusqu’à la carrière, bien visibles, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Le type ne peut que les voir, deux flics en tenue, ça ne peut pas se confondre avec autre chose. .
Il les regarde venir, s’arrête de tirer en direction des bouteilles qu’il a consciencieusement ratées.
Il reste assis sur son paquet cartonné de 24 bières bon marché, ses boîtes de munitions entre les jambes, l’arme en main au bout du bras pendant. Code Pénal, Article 122-5.
Ils s’écartent l’un de l’autre. Après tout, il les a vus mais n’a pas lâché son arme. Même s’il n’a pas l’air agressif, le jeune ne leur répond pas. Donc ils continuent d’avancer mais main sur la crosse. C’est quand même un peu bizarre, ce jeune type qui les regarde approcher d’un œil mort et pistolet en main.
Mais le minot lève la tête, sursaute, et sans plus hésiter les braque. N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps,
Deux flics au sol, leurs armes pointées sur le type, hurlent ensemble :
- Lâche ça !
Le jeune met un temps fou à comprendre, peut-être deux secondes, et il pose son arme au sol, finalement. un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui,
Quelques secondes plus tard, un ado désarmé, le cul par terre au milieu d'une carrière se tient la joue qu'il a bien rouge, après la baffe du siècle que lui a balancée un adulte pour lui apprendre la vie.
Ils avaient le droit de tirer. En droit, loi et jurisprudence, ils étaient couverts sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte, la perception du danger mortel était normalement en leur faveur, aucune erreur possible.
Il croyait leur présenter son arme pour leur faire comprendre qu’elle ne tirait que des munitions de foire. Ils n'avaient vu, ne pouvaient voir que le canon pointé vers eux. Ils étaient en danger mortel, pouvaient tirer, aucun problème – et ils ne l'ont pas fait.
Sans rien risquer légalement, légitime défense, ils auraient crevé un môme article 122-5 du Code Pénal.
Deux flicards pâles, à cent mètres de là, font maintenant hurler sans résultat le démarreur du véhicule sérigraphié.
Ils s’y reprendront un peu plus tard, quand ils auront cessé de trembler.