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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 04:00
- Publié dans : Bonne nouvelle, c'est la police !

 

La France cultive un étrange et épidermique rapport à l'argent : y parler pognon est aussi malséant, aussi répugnant qu'exposer au tout venant ses diarrhées ou constipations. Le fric, c'est sale, c'est caca. Et on joue quand même tous au Loto, espérant un jour se rouler dans la, dans la, dans la moelleuse suavité du luxe décomplexé jusqu'à la fin de nos jours.

Étant sans vergogne Français moi-même, je m'autorise aujourd'hui cette forme accomplie de la vulgarité : je vais vous parler pognon.

ooO0Ooo

 

- Tu as gagné beaucoup d'argent, avec ton premier livre ? m'interroge certes naïvement mais à bon droit parfois un lecteur de rencontre.

- Gagner un euro c'est déjà gagner de l'argent. Donc oui, Chroniques de la main courante m'a rapporté un peu de sous, éludé-je élégamment.

- Combien ? insiste l'indélicat, bientôt fâcheux s'il persiste.

- Moins d'un treizième mois, somme sur laquelle d'ailleurs j'ai acquitté des impôts. Voilà.

- Combien t'as gagné ?  s'autorise le décidément malgracieux.

- Un à-valoir de 1000 €, pour 8 % des recettes. Au final, 1400 € environ. Pour un premier livre d'un inconnu, autour de 1200, 1300 exemplaires vendus : correct. C'est tout.

- À-valoir ? Quoi t'est-ce ? s'exprime leur soif d'apprendre (tiens, il a été rejoint par quelques curieux : normal, on va parler de fric).

- Je vous la fais courte : l'à-valoir est la somme versée à l'auteur par l'éditeur, quand ce dernier accepte le manuscrit. L'éditeur  fait le pari qu'il vendra suffisamment de livres pour rentrer dans ses frais. Le truc, c'est que l'à-valoir est un pari : si l'éditeur ne vend que quinze livres, l'auteur a quand même gagné la somme, il ne restitue rien, l'à-valoir lui est acquis, c'est ainsi.

Et évidemment, je ne touche plus un rond après le versement de l'à-valoir, tant que le montant dudit à-valoir n'est pas atteint avec mon pourcentage sur les ventes.

- Gné ? bavent-ils.

- D'accord, j'explique mais en moins de six lignes sinon c'est gonflant, alors soyez attentifs :

J'ai eu droit par contrat à 8 % du prix de vente du livre. Grâce à ces 8 %, le montant de 1000 € est un jour atteint dans la colonne "dû à l'auteur". 1000 € qui me reviennent mais l'éditeur ne me verse rien : il me les a déjà versés, c'était le fameux à-valoir versé à la signature. Tout ce qui se rajoute aux 1000 € dans la colonne "8% pour l'auteur", c'est en plus de l'à-valoir, il me le versera. Mais si ce montant n'est pas atteint, tant pis pour lui, donné c'est donné, c'est un à-valoir, c'est pour l'auteur quoi qu'il arrive.

- Ah, d'accord. Mais le deuxième, alors ? poursuit l'auditoire.

- Le deuxième quoi ? répond innocemment l'auteur imbu de sa dérisoire personne, voulant se faire prier.

- Le deuxième livre, connard ! répondent-ils frisant la grossièreté, calmez-vous, quoi.

- Pour le deuxième, j'ai obtenu 2000 € d'à-valoir, et 10 % sur les ventes. C'est un contrat type dans le milieu (oui, le milieu) de l'édition, mon travail (c'en est un) va être rétribué mais je ne vais pas m'offrir l'Aston Martin de mes rêves. Cela dit, j'aurai peut-être un treizième mois en 2011, finalement.

- Donc, pour vivre un jour de ta plume ? poursuit l'assemblée jamais rassasiée.

- Et bien, pour faire dans l'euphémisme : pas tout de suite. Si je vends seulement mille exemplaires du tome 2 (Bonne nouvelle, c'est la police !, 19 €), je gagnerai mille fois 10 % de 19 €, soit… Oui, c'est ça : 1900 €. Et les 100 € de différence avec les 2000 € de l'à-valoir ? L'éditeur les perd et ils me restent acquis, c'est le jeu.

- Alors si tu en vends 5000, ça fait combien, en picaillons ?

- Facile : 10 % de 19 € multipliés par 5000 exemplaires, égalent… Bouge pas. Calculette. Je reviens. Bouge pas. […]

J'ai reviendé. 5000 exemplaires impliqueraient 9500 € pour moi. Alors imagine trente mille exemplaires, ce serait sympa. Deux euphémismes, suffit, après ça lasse.

Mais si ça se trouve, ça sera vingt-six ouvrages écoulés, le bouillon, la cata, le pilon, la honte. Ca m'inquiète mais sans plus, vraiment. Je me suis régalé à travailler mon écriture, un éditeur m'a suivi, je ne pensais pas qu'un seul bouquin de moi paraitrait un jour et j'en suis à préparer le tome 3 pour 2013.

Au final, cent mille exemplaires s'arrachant d'ici Noël ? Joie, Crillon et Mouton Rothschild ! Trente-huit bouquins achetés par erreur et bazardés illico dans les vide-greniers ? Joie, Gîtes de France et cidre fermier !

Pour expliquer mieux ce relatif détachement, en parfaite vulgarité assumée, deux motifs valant conclusion.

Et d'une : j'ai hérité d'un splendide cancer colorectal fin 2007 auquel j'ai réchappé grâce à l'ablation d'un long et répugnant segment de ma tripaille, la dérivation provisoire de mes évacuations fécales dans une poche par un morceau de mon intestin grêle sortant de mon flanc, quatre anesthésies générales et une chimiothérapie implacablement émétogène (qui fait grassement gerber) : pour moi dorénavant toute journée vécue est arrachée à la douleur sourde, aux fragrances hospitalières, au vomi aigre, à la merde et à la mort. Alors les considérations morales ou financières, oiseuses ou justifiées à propos de mes chiffres de ventes ne sont, pour faire dans l'élégance détachée, que superfétatoires billevesées.

Et de deux : même si Bonne nouvelle, c'est la police ! ne se vend pas, les 2000 € d' à-valoir, je les garde.

 

Par Serge REYNAUD - 4 blâmes et féloches - Je commente
Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 05:02
- Publié dans : Bonne nouvelle, c'est la police !

 

L'histoire intitulée Érection, piège à con ne m'est pas arrivée personnellement. Je me la suis accaparée pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer  ici - et surtout profondément ennuyeuses. Petit extrait du catalogue desdites raisons : préservation de l'anonymat des protagonistes, acquisition des termes pour une écriture distanciée sans perte de la proximité, respect de la réalité des faits indissolublement liée à … je vous avais prévenus, c'est ennuyeux.

J'ai décidé cette fois d'écrire cette histoire avec JE au lieu de IL, tout comme souvent je fais l'inverse pour des raisons tout autant valables que celles évoquées supra. Et tout autant ennuyeuses, d'ailleurs.

Les détails, les anecdotes que je raconte sont tous vrais, et je m'autorise sans complexe quelques licences littéraires pour en fluidifier la lecture, leur apporter ma patte, une touche de pédagogie parfois, et pourquoi pas mon style. Sinon ce ne seraient que des anecdotes. Or l'anecdote est pour moi un support, non une fin. J'aime raconter des histoires en travaillant mon écriture, en fouillant dans les angles d'approche, en fouaillant la pâte humaine. Sinon je vous fais les "1000 meilleures blagues de blondes", c'est pas mal, aussi.

Une fois encore, je ne raconte pas MA vie ici : vous avez la vôtre, elle est tout aussi intéressante. Je vous raconte MA vision du métier de policier car j'ai la chance de l'exercer, et que j'aime écrire.

Alors ce n'est pas à moi qu'est arrivée l'anecdote du pilier maudit, et tant mieux. Mais quand le collègue m'a fait cadeau de cette histoire, les larmes de rire et l'empathie masculine étaient bien les miennes. Il m'a autorisé à raconter tout ça sans le citer, j'ai donc pris sa gêne, sa douleur et son éclat de rire à mon compte.

Je le remercie encore de ce cadeau, tout comme j'en profite pour remercier tous les collègues qui m'ont fait le même : une belle anecdote personnelle qui les a touchés, une histoire humaine, triste ou drôle, effrayante ou morale, un bout d'humanité offert à l'auteur que je tente de devenir. Ils sont mon inspiration tout autant que ma carrière personnelle, ils sont ma matière, le terreau prometteur duquel j'extrais mon travail, et ça deviendrait pas ennuyeux, là ?

Par Serge REYNAUD - 2 blâmes et féloches - Je commente
Dimanche 21 août 2011 7 21 /08 /Août /2011 05:02
- Publié dans : Divers et variés

 

J'ai 15, 16 ans à la toute fin des années 70. Je regarde la télé, trop je crois, et mes programmes préférés sont ? Les séries policières. Déjà, à l'époque, j'étais d'une originalité confondante, je sais.

 

Dans "Un juge, un flic", Michel Duchaussoy joue un Juge d'instruction très Vieille France ("Francis Walder de Neuville", quel nom !), et Pierre Santini le divisionnaire Vilquier, beaucoup plus terre à terre, très flic de flic. Les deux font la paire, énième variation autour des oppositions de caractères, scénarios aussi improbables qu'attendus, c'est de la télé du dimanche après-midi.

 

L'épisode du jour est une sombre histoire de faux tableaux et de vrais diamants se déroulant dans la très haute société, ultra-riches susurrant leurs malversations à l'imparfait du subjonctif en pétant dans la soie, ah-la-la-c'est-bien-la-peine-qu'on-les-respecte-c'est-magouilles-et-compagnie-je-vous-raconte-pas.

 

Je suis enfoncé dans mon fauteuil de skaï marron glacé si typique de ces années, il reste un peu moins de six minutes, donc on a  droit au résumé indispensable pour clore pépère l'épisode du jour, cette fois lors d'une convocation devant les ministres de la Justice et des Finances. Et sans prévenir je me prends, à pas seize ans, à compter du "Pourquoi ?" , une vraie, une belle et magistrale grande claque dans ma gueule.

 

Emplis-toi les narines de l'odeur si spéciale du skaï marron qui colle aux cuisses, attends sagement le "Pourquoi ?" trois grosses minutes, puis chut, écoute :

 

 

 

 

Sachant l'inutilité de la chose en regard de la saloperie intrinsèque de la nature humaine, pourquoi donc suis-je trente années désabusées plus tard un flic, un flic très amer, avec comme un voile fuligineux d'idéalisme borné dans les tripes ?

 

Hé oui. Parce que.

 

 

 

Par Serge REYNAUD - 3 blâmes et féloches - Je commente
Vendredi 12 août 2011 5 12 /08 /Août /2011 05:28
- Publié dans : Divers et variés

 

Pierre Desproges, amateur de bonne chère et de vins somptueux, a évoqué ce plaisir abject qu'il éprouvait parfois à déguster un pâté rosâtre et grumeleux sur une fadasse baguette molle, qu'il faisait passer avec un rouge acide et râpeux directement bu au goulot de sa bouteille plastique, pour se caler ce gargouillant faux appétit casse-couilles des mitans d'insomnie brise-nuits. Au passage, si tu n'aimes pas Desproges, sors d'ici, va faire un tour sur le site de TF1, et restes-y. Où en étais-je ?  Ah oui. Desproges.  Les vrais plaisirs infâmes et pourtant délicieusement assumés.

Il parlait aussi, s'il m'en souvient, de ce plaisir du même ordre consistant, pour un Mozartien distingué, à vibrer, rarement mais vraiment, à la plus décérébrée des marches militaires. Or, j'aime écouter du Mozart quand j'écris. Rien que de banal pour un écrivaillon, je surfe sur le cliché éculé mais c'est ainsi, j'aime Mozart en ces moments où l'esprit doit se délier sans se disperser. Sans l'écouter vraiment car je travaille par ailleurs, Wolfgang est là qui  m'emplit, me charme et me soutient, lui dont les mélodies comme à peine ébauchées s'entêtent à force de perfection à outrepasser nonchalamment le génie depuis des siècles et quelques secondes encore. J'écouterais du Daft Punk ou du Françoise Hardy que je l'avouerais de même, il se trouve qu'en cette occurrence seul Mozart m'agrée. Bon.

Cela dit, les tambours de Top Secret,

 

 

ça m'éclate les mirettes, les esgourdes et les neurones. De temps à autre je m'y complais copieusement, suavement, atteignant une forme de plénitude comme décérébrée où seuls le plaisir du travail bien fait, la cohésion rigoureuse, la maîtrise absolue d'une technique l'emportent sur toute notion éduquée, policée du beau. Ca me passe aussi vite que ça me prend, mais quand ça me prend, c'est du lourd :

 

 

Voilà, vous savez tout. Je devrais avoir honte, et en fait non.

Je vous laisse, je dois absolument aller corriger mes derniers textes et en profiter - insigne plaisir égoïste, pour m'écouter assourdi le divin quartet pour piano KV 478.

Bon, d'accord, après avoir d'abord repassé, son à fond et sur grand écran, les vidéos des Suisses à plumets, à tambours, à bas blancs, et à la semaine prochaine.

 

Par Serge REYNAUD - 4 blâmes et féloches - Je commente
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