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1
 - Au fait, les pingouins, ça vole ?


2 - Tu as fait un peu de boxe, et tu crois savoir sauter à la corde. Et puis tu tombes sur ce truc...

NO COMMENT


" À Dieu ne plaise que je veuille fermer les oreilles à la voix du nécessiteux. Je sais m'attendrir sur les malheurs des autres : mais, dans ce siècle de philanthropie, nous avons trop déclamé contre la fortune. Les pauvres, dans les États, sont infiniment plus dangereux que les riches, et souvent valent moins qu'eux. "

François-René de CHATEAUBRIAND, Essai historique sur les révolutions, 1797.
Dictonnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, réédition 1991, Bechtel et Carrière, Bouquins.

 

 

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Dimanche 5 juillet 2009
- Publié dans : Chroniques de la main courante


 

   Divers fantasmes plus ou moins avouables se tapissent toujours sous les occiputs des flics. Pardon ? Vous dîtes ? Plutôt moins que plus ? Oui.

   Sous le mien en tout cas, informulé, émergeant gluant d'un persistant mépris institutionnel entre Police et Barreau, se lovait, paradoxal, inconscient mais prêt à bondir, celui d'une critique sincère et flatteuse de mon travail par un avocat ou mieux, une avocate.

   Sous le titre " Reynaud, simple flic ", l'une d'entre elles a osé, et fort gentiment en plus.

   Merci beaucoup, maître, pour cet article et cet assouvissement.    

 

Par gabian - Recommander - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 1 juillet 2009
- Publié dans : Action

 

Rude dégringolade. Nous sortons tous deux d’un entraînement intensif de deux semaines, et au lieu de mettre nos nouvelles compétences en pratique nous voilà désignés pingouins au festival de Cannes.

Des jours entiers à courir dans les allées bétonnées du centre d’instruction, à faire et refaire les progressions en zone dangereuse, à éviter les pièges de la guérilla urbaine, à interpeller du fou furieux en binôme, à s’éclater les pouces sur ce foutu tonfa, à menotter de plus en plus vite, à tirer des dizaines de cartouches au stand dans toutes les positions, avec le moniteur qui te hurle dans le dos des consignes de plus en plus complexes et boum, première mission de retour à l’Unité : pingouins.

Pingouin c’est la Tenue N°1, sobre et noire sur la chemise blanche, plus fourragère, jolie casquette et chaussures cirées. La mission ? Promenades dans les couloirs du Palais ou haies d’honneur sur tapis rouge. De la figuration en jolie tenue noir et blanc, la tenue de pingouin.

On patrouille par paires, promenant notre uniforme impeccable au milieu du Palais avec distinction et rigueur, c’est tout ce qu’on nous demande. Nous deux évoquons encore les séances concoctées par nos instructeurs pendant ces quinze jours.

Instructeurs sportifs, passionnés, vicelards, rajoutant à mesure des difficultés sans nom pour leurs stagiaires, ils nous ont régalés de barricades piégées, de coins de murs aveugles, de tireurs embusqués, nous ont mitraillés de billes de peinture (« Tu as sécurisé tout l’appartement ? Non ? Deux flics morts par ta faute ! Recommence ! »), ils nous ont fait tuer des otages par erreur (« Tu as sursauté à cause du bruit ? Pauvre chéri ! Recommence, bourricot ! »), nous ont refilé des radios aux piles déchargées (« T’as pas vérifié ton matériel ? Crétin ! »), se sont roulé dans la boue avec nous (« Vous êtes deux et vous ne pouvez pas me menotter ? Feignasses ! »), ce stage a été grâce à eux un régal de cohésion et d’efficacité. Mais bon, aujourd’hui, pingouins.

Nous devisons donc, vaquant peinardement dans les travées, entre les innombrables stands fermés qui encombrent le sous-sol du Palais. À cette heure, la foule est peu nombreuse, les producteurs et réalisateurs arrivent d’ordinaire plus tard pour discuter contrats. Nos chaussures briquées foulent la moquette, la balade, monotone, s’étire en labyrinthe de cloisons identiques.

À notre passage devant encore une porte de box, un cri traverse le contreplaqué blanc. Un cri de femme, strident, à moins d’un mètre. Ouverture porte – dégainage rapide - genoux fléchis - toi gauche moi droite - angles morts assurés – problème – stop.

Nos aiguillettes cliquettent encore au bout des fourragères ballantes tandis que, figés, nous appréhendons la situation. La porte après avoir battu le mur se referme lentement derrière nous, tandis qu’un aréopage assis bloc-notes sur les genoux nous fixe, totalement effaré.

Sur l’immense écran de télévision la fille crie encore plus fort, en dolby stéréo, son plaisir extatique de se faire pistonner recto et verso par deux mâles tatoués, visiblement très heureux d’être là eux aussi.

Marché du film. Stand porno. Producteurs.

La Terre Adélie c’est plein de pingouins, aussi. C’est loin, c'est frais, ça doit être sympa en cette saison.

 

Par gabian - Recommander - Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 24 juin 2009
- Publié dans : Mes invités


Olivier, lecteur belge et gradé policier, m'a fait cadeau de ce texte il y a plusieurs mois maintenant..., mais nous partageons tous deux - puisque fonctionnaires - une certaine propension à la patience désabusée.

Cette fois, il a bien fait d'attendre : ça a marché, je l'accueille volontiers en ces colonnes. Je lui laisse les clés.

 

En toute fin de service, je consulte les OJ (ordres journaliers) pour demain et découvre une note à mon intention : chef de section " Pirates ", prise de contact demain avec la Commissaire G de la 1° Division, tenue bourgeoise, 4 hommes - et surprise supplémentaire inscrite au crayon : si possible collègues avec des "tronches".
Je désigne 4 gars pouvant correspondre au profil demandé, et là horreur et stupéfaction : ne serais-je point considéré comme un affreux par mes supérieurs ?!

Lendemain 18 heures, prise de contact avec La Commissaire en question, aussi aimable qu'une porte de prison soudée. Porte qui dans la foulée nous impose un interminable briefing qui nous donne l'impression d'être des bleus, alors qu'à nous 5 nous devons totaliser un siècle d'expérience policière. Ça commence bien, je la sens d'enfer cette soirée.

Donc mission du jour, interpeller en flagrant délit le nommé XX, identifié comme étant un gros dealer de cocaïne, actif  dans l'hyper centre-ville. Une photographie de notre cible nous est distribuée. Tronche du gars classique dans ledit secteur :  cheveux courts, teint basané, mince, environ 175 cm, un 55 dans notre jargon (55 étant le code informatique correspondant à un individu en séjour illégal sur le territoire), ou en plus ironique : un Suédois.
Bref, le genre de description ne correspondant à rien et à tout à la fois. Quand je disais qu'elle était bien partie, cette soirée.

Je constitue deux paires, choisissant d'œuvrer en solo, puis j'envoie mes gars sur le terrain. Dix minutes s'écoulent sans incident, et ma radio crépite : je reconnais la voix de crécelle de la Commissaire G., qui m'intime l'ordre de procéder à l'interpellation d'un individu se trouvant à la sortie d'un magasin à l'enseigne bien connue car, selon elle, c'est la cible. Je me rends sur place, j'émets en réponse discrète quelques réserves, pour moi il ne s'agit pas de notre homme.

La dame en retour vocifère, exige, je m'exécute donc en fonctionnaire obéissant et envoie deux de mes Pirates interpeller l'affreux... 190 kilos de muscle policier lui tombent dessus, étranglement immédiat selon l'usage (le stup se planque souvent dans la bouche), mise au sol, menottage, le tout en un clin d'oeil.

Bilan évident pour tout le monde : pas le bon gars. La chère Commissaire râle contre l'incompétence des subordonnés obtus ne sachant pas interpréter un ordre pourtant clair, et nous cinq malgré tout qui sourions devant l'évidence du fiasco annoncé et réalisé.

Le reste de la prestation s'écoule lentement, et toujours pas trace de notre copain de Stockholm. À 22 H, la big chief siffle la fin de la récréation, nous gicle à la face un débriefing de 15 secondes à tout casser, et fin de service. Mes gars rejoignent le véhicule de service, et moi mon propre véhicule garé non loin par facilité.

Chemin faisant, mon instinct (parfois fonctionnel :p) m'alerte : présence d'un type dans la pénombre non loin de mon véhicule, poussée d'adrénaline, main posée furtivement sur la crosse de mon fidèle GP1 et je m'avance l'air de rien, l'air dégagé. Et c'est sûr maintenant, c'est lui : MON homme, ma cible, notre Suédois !!

Il s'avance vers moi et tout simplement m'aborde :

- Tu cherches ?

Bonheur ineffable : à moi la prise facile...

Mais le sort s'acharne : j'entends crier à tue-tête " Harnouch ! Harnouch ! " (sans certifier l'orthographe, il s'agit du mot nous désignant et utilisé par les autochtones), mon gars part comme une fusée, je me retourne et vois mon gueulard... que je reconnais comme le gars ayant été aplati plus tôt par mes sbires.

La soirée était bien partie, elle est bien arrivée, merci. Il est vraiment temps de rentrer.

 

 

1, GP pour Grande Puissance (ça s'invente pas :p), il s'agit d'un pistolet semi automatique 9 mm de marque FN, également commercialisé aux USA sous le nom Browning HP

 

Par Olivier - Recommander - Voir les 8 commentaires - Ecrire un commentaire
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