Police-histoires, c’est fini, un petit bilan et on ferme.
16 mai 2008 : je ne meurs pas des suites d’une longue et cruelle maladie, et taquin que je suis me remets d’un cancer. J'ai écrit depuis de nombreuses années de courts textes tournant autour de mon métier, alors juste pour voir, ce jour-là j'ouvre ce blog. Et j’écris dès lors, beaucoup, pour l’alimenter.
En 2009, de ce matériau brut j’extrais et polis un manuscrit qui, chance, devient livre. Puis en 2011, confirmation : un deuxième. Il leur aura manqué le succès des ventes, bien sûr, mais je suis malgré tout fier d'avoir à ce jour écrit deux ouvrages - le troisième est en cours d'élaboration, merci.
Mes lecteurs m'ont permis de confirmer l’informulé, de me révéler ma passion, écrire. Le blog a donc été au bout de sa fonction maïeutique (j'adore les mots rares et précis) mais je ressens, après quatre années, une lassitude certaine à son endroit (j'adore aussi les tournures désuètes).
Aujourd’hui, à force de ne pas m’intéresser à sa petite santé, le site reçoit un maximum de 60 visiteurs-jour. Autrement dit il est mourant, il convient d’en abréger l'agonie. Un blog meurt, mais pas son auteur - en tout cas, tant que mon organisme ne me joue pas
MÉTASTASES 2 - LE RETOUR
Cette fois, elles finissent le boulot
Amour des mots rares, des tournures sépia, de la belle langue et du ricanement morbide : Pierre Desproges et moi, c’est une longue histoire que même son décès n’a pu interrompre. Mon mimétisme admiratif est allé jusqu'à choper un cancer, poil aux cimetières - mais à n’en mourir point, faut pas déconner non plus. En ce jour où je vais enfin étouffer ce blog décharné qui s'étiolait depuis des semaines dans les langueurs morbides de l'euthanasie désirée, j'ai une pensée fugace autant qu'émue pour l'auteur de « Vivons heureux en attendant la mort » ; mieux qu’un titre, un programme. Poil à l’électrocardiogramme.
L’aube blafarde a paru à l’huis fatal, l’heure rose et noire sonne aigrelette et fumeuse au seuil de la clausule ; le blog exsangue et vain, en son linceul de mots a fermé ses orbites - non, poil à rien.
Aparté utile, nous sommes aussi faits de nos morts : j’aime Desproges mais aussi San-Antonio. Alors lecteur, tu comprendras qu’il faut pas venir me chafouiner le cérémonial avec l’imparfait de l’indicatif du verbe clore qui selon toi, onze lignes plus bas, n’existerait pas plus que l’infinitif chafouiner deux lignes plus haut. Concluons.
16 mars 2012. Police-histoires, diaphane et moribond essaie bien, tentant qui sait un dernier salut à ses lecteurs magnanimes, de lever un bras sombrement bleui de gangrène et piqueté de vers - n’ouvrirait-il point les lèvres pour un mot de la fin ? Non. Son temps est venu. J’empoigne l’oreiller blanc au-dessus de sa trogne ; un souffle morveux clapote et siffle en ses sinus encombrés. Bras tendus mon buste s’enfonce sur ses pommettes glauques, ses yeux vitreux et ses narines molles ; oyez ce gargouillis étouffé en fond sonore de la présente lecture, trois phrases encore à vos yeux proposées puis tout s’achève en un mot, une anagramme de crime.
Mon premier livre se finissait sur deux mots, à un délinquant : Ta gueule !
Mon deuxième se closait sur trois mots, à mes potes : Je vous aime.
Mon blog, je le suicide sur un seul, à mes lecteurs.
Merci.
