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ZOOMS

 


1 - Le samedi 5 décembre, de 09H00 à 17H00, je dédicacerai au lycée Perrimond, 244 Chemin du Roucas blanc, Marseille 7°, lors d'une manifestation culturelle ouverte à tous. A très bientôt !

2 - T-shirts sympas. Pour flics. Mais pas que.

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Journal du 18 novembre à 07H20, France Bleu Provence

Chroniques de mes Chroniques



 







 




 



 

              
    
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" Jugez, Messieurs, de l'étonnement, de la douleur de l'honorable témoin que voilà quand, rentrant de l'atelier, il trouve sa femme au lit, la tête fendue et la porte défoncée. "
La Liberté, 18 octobre 1908.

Tiré de l'indispensable Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, réédition 1991, G. Bechtel et J-C. Carrière (Bouquins)

 

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Mercredi 18 novembre 2009
- Publié dans : Moments de solitude

Nous sommes une douzaine, tous volontaires, participant aux sélections sportives pour devenir gardes d'ambassade. Les meilleurs auront le droit de participer aux épreuves de tir, puis les meilleurs au tir auront le droit de se présenter devant le jury. L'air glacé de novembre ne doit pas nous ralentir donc échauffement collectif entre potes certes, mais l'épreuve de sélection se jouera seul contre tous. C'est le jeu, un jeu très sérieux.

C'est une affaire d'hommes, toute de muscles et de psychologie guerrière, qu'il convient d'aborder sereinement. Je n'ai rien contre mes collègues, je connais la plupart d'entre eux, on se vanne avant les épreuves, on ira boire un verre en en sortant, aucun problème. Mais pendant la sélection, pas de pitié. Les places sont trop chères pour du fair-play forcément déplacé, alors marche ou crève.

Après que j'ai prêté mon tube d'embrocation à un camarade, j'entame une série de pompes pour faire monter la température du sang. Le moniteur vient à moi, son chronomètre lui battant le torse.

- Excuse-moi, je suis absolument certain qu'on se connaît, et je n'arrive pas à me souvenir. Tu n'aurais pas été formateur en école de police ?

- Ah non, j'y ai été élève, c'est tout.

- Peut-être affecté à Poitiers ?

- Jamais mis les pieds ! Cela dit, c'est possible qu'on se soit croisé dans d'autres sélections sportives, j'en ai fait un paquet depuis un an…

- Non, c'est ma première, je suis jeune moniteur… Mais rien à faire, je t'ai déjà vu quelque part !

- Bon, ça te reviendra. Excuse-moi, je dois continuer, c'est le moment des tours de stade. À tout à l'heure.

Évidemment, pendant mes foulées, j'ai droit aux allusions graveleuses de mes chers collègues à propos de l'intérêt que me porte ce jeune et joli moniteur de sport au survêtement serré, et à leurs sérieux doutes quant à mon hétérosexualité pourtant notoire, inclination nouvelle qui risque d'être fort bienvenue pour gagner quelques précieux points au classement final pour peu que j'y mette du mien avec le mignon… c'est le jeu aussi. Ils ne me déconcentreront pas.

En fin d'échauffement, les maillots déjà humides, les souffles quasi en cadence, nous nous approchons de la ligne, concentrés, prêts pour l'épreuve des 12 minutes. Minimum trois mille mètres à parcourir, et si possible cent mètres à gratter de plus que le voisin en toute fin de course, à s'en arracher un poumon, à en perdre une jambe s'il le faut mais devant, mieux, plus, c'est le but.

Le même moniteur s'approche, le pouce sur le chrono, jette un œil sur notre positionnement, aucun pied ne dépasse de la ligne ;  il s'apprête à donner le signal mais, comme soudain illuminé de l'intérieur, s'arrête et se tourne vers moi :

- J'ai trouvé : compétition de vélo ! Tu fais partie du club Police Région, on a dû se croiser à Paris pour les championnats de France, non ?

- Ah non, désolé, je fais du karaté, mais pas de vélo.

- Ah bon, tu fais pas de vélo ? Ben pourquoi t'as les jambes rasées ?

- T'es gentil, garçon, mais je n'ai PAS les jambes rasées.

Onze concurrents pleurent de rire sur la ligne de départ. Je suis le douzième.

 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 8 commentaires - Ecrire un commentaire
Dimanche 15 novembre 2009
- Publié dans : Divers et variés


Très récemment, une affaire judiciaire très médiatisée a réuni le gotha de la politique (pas Clearstream, l'autre, l'Angolagate). Des vedettes y ont comparu, dont les noms importent peu car ce n'est pas mon sujet. Le sujet aujourd'hui, mais en connais-je d'autres, est la langue française.

L'un des prévenus  - qui ? on s'en fout - a été relaxé. Accusé d'avoir usé de son influence certaine auprès d'amis très haut placés, cet intellectuel reconnu a organisé sa défense très intelligemment, et le Tribunal a décidé que les faits reprochés n'étaient pas juridiquement prouvés. Ou du moins pas assez pour justifier une condamnation. Suivant en cela les règles de droit, le Juge a relaxé ledit prévenu. Ce qu'en toute logique j'approuve, mais là n'est pas le sujet, répété-je, le sujet est notre langue, le français.

Comment dire en un français impeccable, quand on est Juge, que l'on désapprouve fermement une conduite, mais que le droit ne doit pas être dicté par la morale personnelle de celui qui juge ? Comment dire en quelques mots, sans jamais le dire, que l'on n'est pas dupe et que la Justice, si elle est bonne fille cette fois, ne dispense pas le prévenu d'être considéré à sa juste place ?

Comment expliquer qu'on a bien compris que ce monsieur avait usé et abusé de son carnet d'adresses fort garni - pour mettre en contact un marchand d'armes et un ancien ministre des affaires étrangères -, mais que la preuve qu'il l'avait monnayé, sous quelque forme que ce soit, n'avait pas été assez étayée ?

Le doute profitant à l'accusé, il convenait dès lors de le relaxer, c'est la Loi, et heureusement. Mais comment exprimer malgré tout, en quelques mots simples, que l'homme sous la robe du Juge n'est point dupe, que le devoir du Juge est de relaxer quand l'homme désapprouve ? Je n'aurais su le faire en peu de mots. Extrait de jugement :

Pris isolément ou considérés ensemble, ni les éléments qui fondent la poursuite, ni ceux qui la combattent n’emportent la conviction, après avoir rappelé que la réprobation que peut susciter un comportement ne saurait être un critère d’appréciation des preuves ou un motif de culpabilité."

C'est ce que je vous disais : le sujet du jour, c'est le français.

 

 

Mme Robert-Diard m'a fourni la matière de cet article. Merci, madame.

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 11 novembre 2009
- Publié dans : Action


Ce texte est la deuxième et dernière partie de celui entamé la semaine dernière.


[...] Et surtout un évènement nous distrait de l'explication : la brune de tout à l'heure le regarde, plein face, effrontément, en se relevant d'une chute quelconque suite à un jeu de ballon superflu, couverte d'une fine pellicule de sable sur tout un côté, avec des yeux qui ne trompent pas, des yeux dévoreurs et propriétaires.

- L'Albatros. La brune en rouge. Tu l'as pointée ?

- Pardon ?

- Tu l'as bombardée, ça se voit ; t'as dormi dedans, j'en suis sûr, et en plus on dirait qu'elle a aimé ça !

- Dis-nous, on est tes potes, quoi ! Elle est vraiment aussi bonne au pieu qu'elle en a l'air, debout ?

- On peut pas savoir, avec ce maillot qui les écrase un peu, comme ça : ses seins, c'est des vrais ? La vache de canon que c'est, ça doit être ferme sous l'homme, ça !

- Allez, fais pas ton chien, raconte, tu l'as harponnée comment ? En boîte ? C'est vraiment un avion de chasse ! Le plus beau cul de la plage, c'est voté à l'unanimité, hein les mecs ? Une sacrée chaudasse, à vue de nez !

Le sourire n'est pas fat mais il est là, simple, évident sous les yeux de mouche réflectorisés que lui font ses lunettes. L'enfoiré, la plus belle de la plage, au point que même les autres filles le savent, et ça fait pas une semaine qu'il est là ! On regrette déjà d'être passé le voir, un peu. La grande belle se retourne, exposant ses impeccables fesses, l'une caramel l'autre pailletée de sable, et court vers l'onde bouillonnante pour s'y rincer, promesse d'une fraîcheur qui érigera plus encore les larges tétons coiffant les seins lourds et ronds discernables sous le rouge du maillot qui… on se calme, un truc déconne.

L'Albatros a frémi. Son pote aux jumelles lui a envoyé un signe que lui seul a compris, et maintenant il pointe le large du doigt en sifflant. Notre grand pote nous largue dans la seconde, m'abandonnant ses lunettes et lâchant très vite : " La Viande à filin, sûr ! ".

Il s'est jeté sur une sangle qu'il a amplement enfilée autour de son torse et il court dans la direction que pointe son collègue, direction l'horizon. Un long câble uni à la sangle se déroule derrière lui, relié à une bobine qu'un autre sauveteur a attrapée et commence à rapprocher du bord. Un deuxième nageur l'a devancé, trente mètres devant lui, fonçant à force de bras vers le large. A trois mètres devant l'énorme rouleau, assommoir liquide en furie, l'Albatros plonge profondément, comme voulant se noyer plus vite.

Peu familiarisés avec ce sport abscons, nous restons – comme des abscons ? oui, c'est cela – immobiles, estomaqués par la rapidité du truc en marche. Il y a quinze secondes l'Albatros était en train de ne pas nous dire qu'il avait couché avec la bombe atomique en maillot rouge (tiens, comme dans Alerte à Malibu !), et il n'est déjà plus là, ayant entamé un travail sacrément physique et foutrement incompréhensible. Ah, finalement il ne voulait pas se noyer, il est réapparu derrière le rouleau, et nage tout en puissance vers… vers quoi, au fait ?

Pas un sur nous cinq en rangers alignés sur notre carré de sable capable de comprendre ce qui se déroule : à hauteur de plage, pour des gens normaux, il ne se passe pas grand chose. Un sauveteur bronzé portant T-shirt siglé CRS est parti comme une bombe vers le large, l'Albatros l'a suivi en enfilant une sangle reliée à un fil relié à une sorte de grosse bobine, que s'est empressé de ramasser un troisième pour l'approcher de la mer, bras levés bien haut et laissant le fil se dévider. C'est tout.

Deux autres sont sortis du poste et moins d'une minute plus tard, ils entament un concours de tir à la corde avec pour adversaire l'océan face à eux. D'un côté trois sauveteurs sur la plage qui tirent, de l'autre les rouleaux, et sans doute au bout notre Albatros et son pote, plus la victime qu'ils sont allés chercher. Finalement tout s'explique mais avec des jumelles, comme on vient de le faire, et c'est effectivement le type de tout à l'heure, le blaireau, la "viande à filin" comme il disait, qui se fait tracter… Viande à filin, ça y est, j'ai compris ! Tellement sûrs que les frimeurs qui se prennent pour des surfeurs californiens vont une fois sur deux avoir besoin d'eux, ils les ont surnommés comme ça ! 

Le type est effectivement ramené sur le bord, exténué, enlacé par l'Albatros, tiré par l'équipe restée sur la plage. Hé oui, l'Atlantique, quand ça tape, c'est du sérieux, les Viandes à Filin devraient rester à leur place, dans leur salon devant les rediffusions d'Alerte à Malibu.

A ce propos, la fracassante brune au maillot pétaradant couve maintenant l'Albatros du regard, fondante, les mains jointes et tordues, enamourée au dernier degré, n'osant le déranger encore, tout occupé qu'il est à rassurer la victime et l'accompagner jusqu'au poste. Les autres femmes, jeunes et moins jeunes, n'applaudissent pas, mais le cœur y est. Le cœur et le reste, tout le reste.

Pas une qui nous aurait remarqués. Nos uniformes commencent à devenir d'un pesant, tout d'un coup : on les dirait trempés, on se sentirait un peu beaucoup de trop que ça ne m'étonnerait qu'à moitié, il va être temps de rentrer, je sens.

L'Albatros sort du poste et revient déjà vers nous, tout sourire, accompagné de la brune en rouge débarrassée de son sable, de son anxiété, mais pas de sa poitrine, je confirme. J'avale légèrement de travers un air chargé d'iode et d'hormones, de sable en suspension et d'embruns titillants.

- Vu, la viande à filin ?

- Vu, compris, reçu. Chapeau, mec, on savait que tu nageais bien, mais je ne savais pas ce que ça faisait en situation, on regrette pas d'être venus. Vraiment, chapeau !

- C'est pour ça aussi que j'aime ce boulot. La gagne, la nage, le sauvetage. Et les gonzesses, évidemment.

La bombe aux courbes assassines comprimées dans le vermillon n'a pas tiqué. Nous, si. Faut oser, quand même.

Alors, avec son sourire énervant sous les lunettes bleu miroir qu'il vient de reposer sur son nez impeccable, main ouverte vers la star calorifère, négligemment, il nous glace à l'arrache d'un formel :

- Nath', je te présente Jean-Marc, Hervé, Paul, Julien, et Serge, des collègues de ma CRS. Messieurs,  Nath'. Mon épouse.

 

 

 

 

Lien pointant vers la technique du filin

 

Par Serge REYNAUD - Recommander - Voir les 14 commentaires - Ecrire un commentaire
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