Olivier, lecteur belge et gradé policier, m'a fait cadeau de ce texte il y a plusieurs mois maintenant..., mais nous partageons tous deux - puisque
fonctionnaires - une certaine propension à la patience désabusée.
Cette fois, il a bien fait d'attendre : ça a
marché, je l'accueille volontiers en ces colonnes. Je lui laisse les clés.
En toute fin de service, je consulte les OJ (ordres journaliers) pour demain et découvre
une note à mon intention : chef de section " Pirates ", prise de contact demain avec la Commissaire G de la 1° Division, tenue bourgeoise, 4 hommes - et surprise supplémentaire inscrite au crayon
: si possible collègues avec des "tronches".
Je désigne 4 gars pouvant correspondre au profil demandé, et là horreur et stupéfaction : ne serais-je point considéré comme un affreux par mes supérieurs ?!
Lendemain 18 heures, prise de contact avec La Commissaire en question, aussi aimable
qu'une porte de prison soudée. Porte qui dans la foulée nous impose un interminable briefing qui nous donne l'impression d'être des bleus, alors qu'à nous 5 nous devons totaliser un siècle
d'expérience policière. Ça commence bien, je la sens d'enfer cette soirée.
Donc mission du jour, interpeller en flagrant délit le nommé XX, identifié comme étant
un gros dealer de cocaïne, actif dans l'hyper centre-ville. Une photographie de notre cible nous est distribuée. Tronche du gars classique dans ledit secteur : cheveux courts, teint basané, mince, environ 175 cm, un 55 dans notre jargon (55 étant le code informatique correspondant à un individu en séjour illégal sur le
territoire), ou en plus ironique : un Suédois.
Bref, le genre de description ne correspondant à rien et à tout à la fois. Quand je disais qu'elle était bien partie, cette soirée.
Je constitue deux paires, choisissant d'œuvrer en solo, puis j'envoie mes gars sur le
terrain. Dix minutes s'écoulent sans incident, et ma radio crépite : je reconnais la voix de crécelle de la Commissaire G., qui m'intime l'ordre de procéder à l'interpellation d'un individu se
trouvant à la sortie d'un magasin à l'enseigne bien connue car, selon elle, c'est la cible. Je me rends sur place, j'émets en réponse discrète quelques réserves, pour moi il ne s'agit pas de
notre homme.
La dame en retour vocifère, exige, je m'exécute donc en fonctionnaire obéissant et
envoie deux de mes Pirates interpeller l'affreux... 190 kilos de muscle policier lui tombent dessus, étranglement immédiat selon l'usage (le stup se planque souvent dans la bouche), mise au sol,
menottage, le tout en un clin d'oeil.
Bilan évident pour tout le monde : pas le bon gars. La chère Commissaire râle contre
l'incompétence des subordonnés obtus ne sachant pas interpréter un ordre pourtant clair, et nous cinq malgré tout qui sourions devant l'évidence du fiasco annoncé et réalisé.
Le reste de la prestation s'écoule lentement, et toujours pas trace de notre copain de
Stockholm. À 22 H, la big chief siffle la fin de la récréation, nous gicle à la face un débriefing de 15 secondes à tout casser, et fin de service. Mes gars rejoignent le véhicule de service, et
moi mon propre véhicule garé non loin par facilité.
Chemin faisant, mon instinct (parfois fonctionnel :p) m'alerte : présence d'un type dans
la pénombre non loin de mon véhicule, poussée d'adrénaline, main posée furtivement sur la crosse de mon fidèle GP1 et je m'avance l'air de rien, l'air dégagé. Et c'est sûr maintenant,
c'est lui : MON homme, ma cible, notre Suédois !!
Il s'avance vers moi et tout simplement m'aborde :
- Tu cherches ?
Bonheur ineffable : à moi la prise facile...
Mais le sort s'acharne : j'entends crier à tue-tête " Harnouch ! Harnouch ! " (sans
certifier l'orthographe, il s'agit du mot nous désignant et utilisé par les autochtones), mon gars part comme une fusée, je me retourne et vois mon gueulard... que je reconnais comme le gars
ayant été aplati plus tôt par mes sbires.
La soirée était bien partie, elle est bien arrivée, merci. Il est vraiment temps de
rentrer.
1, GP pour Grande Puissance (ça s'invente pas
:p), il s'agit d'un pistolet semi automatique 9 mm de marque FN, également commercialisé aux USA sous le nom Browning HP
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